Salvini contre Union Européenne : comment l’Italie peut-elle gagner la guerre ?

 Le contexte de la guerre

Les élections européennes ont offert un joli score à la Ligue de Matteo Salvini. Cependant, du fait de l’affaiblissement de son allié, le parti M5S, le soutien à la coalition au pouvoir s’érode. Il reste encore raisonnable à 58% si on inclut le parti Frères d’Italie.

Matteo Salvini parle haut, il redonne de la fierté à son peuple en exaltant sa fibre patriotique. Il demande que l’on « s’occupe des nôtres avant les autres » et prend des mesures pour cela. Il a fortement réduit l’immigration clandestine comme le demandaient les Italiens même si le travail avait déjà commencé avant lui. L’immigration légale, essentiellement familiale, continue comme l’impose l’application des Directives Européennes.

Mais les Italiens ont aussi besoin de survivre et donc d’une économie en croissance. N’oublions pas que ce pays a connu depuis 2008 une baisse d’environ 10% de la richesse par habitant (PIB par habitant).

Or, la hausse des dépenses publiques décidées par la coalition au pouvoir en Italie en Décembre 2018 n’a pas suffi à empêcher l’Italie d’entrer en récession. L’économie italienne était et reste l’économie la plus faible des grands pays d’Europe. Cette faiblesse de l’économie, prévisible (cf article de Septembre 2018[1]), érode de façon logique le soutien à la coalition au pouvoir.

La stratégie économique de Salvini : stopper la récession en augmentant le déficit budgétaire

Dès lors, Salvini ne pouvant jouer sur les leviers multiples de l’Etat stratège pour relancer son économie (dévaluation légitime de sa monnaie, grands travaux, priorité au made in Italie dans les marchés publics et la consommation…) ne peut relancer l’économie italienne que par le déficit budgétaire. C’est ce qu’il a dit fin mai haut et fort : il veut relancer l’économie notamment en baissant les impôts avec une “flat tax”, c’est-à-dire un impôt à taux unique qui remplacerait le système actuel. “Nous avons besoin d’une cure de Trump, d’une cure d’Orban, d’un choc fiscal pour redémarrer le pays”, a t-il déclaré mardi 28 mai sur la radio lombarde RTL Italie.

Cela ne sera sans doute pas suffisant pour assurer une croissance forte mais Salvini n’a que cet outil dans les mains et il est obligé de l’utiliser pour empêcher le pays et lui avec de sombrer. Problème : le déficit budgétaire italien devrait atteindre 2,5% en 2019 et 3,5% en 2020 sans cette mesure à 20 Milliards d’euros.

Cette stratégie économique est en même temps une stratégie politique d’opposition à Bruxelles. La question que l’on se pose : est-ce une stratégie pour gagner du temps en soulageant l’économie italienne, une escarmouche pour faire porter la faute d’un futur échec à Bruxelles ou Salvini est-il décidé à démontrer par tous les moyens aux Italiens que : l’UE interdit la survie économique des Italiens, ne peut pas être changée et ultimement qu’il faut sortir à minima de l’euro, enfin qu’il le fera si nécessaire. Connaissant la sincérité des économistes et parlementaires à ses côtés, Bagnai et Borghi, on peut penser qu’il s’agit d’une stratégie politique d’opposition à Bruxelles pour in fine sortir de l’euro. Ira-t-il au bout de sa logique, personne ne le sait.

La « Constitution économique » de l’Union Européenne interdisant cette mesure pour un pays dont la dette est à 130% du PIB, la Commission Européenne a répliqué en lançant une procédure disciplinaire de déficit excessif qui se solderait par une amende de 3,5 milliards d’euros pour l’Italie. Une mesure revenant à attacher un boulet de plus à une Italie en difficulté.

La Bataille d’Italie est lancée.

La réplique de Salvini a fusé. Le Parlement italien a voté pour la possibilité de lancer et d’utiliser

une monnaie parallèle appelée miniBot : il s’agit de bons du trésor italien qui pourront être remis

aux entreprises comme paiement des arriérés de l’Etat. Imprimés ou sous forme électronique, ils pourront être échangés et seront en fait une monnaie parallèle. Jacques Sapir et d’autres ont très bien décrit ce qu’est cette monnaie et les mécanismes pour amplifier son utilisation dans l’économie italienne[2].

L’Union Européenne a réagi en disant qu’elle n’était pas pressée : la procédure de déficit excessif se languira jusqu’en 2020 au minimum.

Voici la trame de cette guerre politico-médiatique

Les Italiens ne sont aujourd’hui pas du tout prêts à sortir de l’euro malgré ses méfaits pour leur situation économique personnelle (Environ 40% trouvent que l’euro n’est pas une bonne chose. Le pourcentage de ceux qui veulent sortir est encore plus faible). Salvini n’a pas de choix simple pour sauver l’Italie.

Il doit agir rapidement pour relancer la croissance et ne pas couler dans les sondages, et en même temps montrer au peuple italien que l’UE est responsable de ses malheurs en l’obligeant à se positionner, à se dévoiler.

La possibilité d’émettre des miniBots est la bonne solution : cette monnaie parallèle lui permettra de réaliser la baisse d’impôts prévue, de relancer la croissance tout en entamant l’affrontement avec l’UE. Il doit frapper fort pour provoquer l’UE et l’obliger à dévoiler qu’elle refuse cette stratégie de survie économique offerte au peuple italien.

Inversement, l’UE doit faire la patiente, faire mine d’être gentille et de ne pas être un obstacle à la

survie économique des Italiens pour rejeter la faute sur Salvini en l’accusant d’irresponsabilité économique. En réalité, l’UE est prête à resserrer le nœud coulant sur l’économie italienne au fur et à mesure que cela est nécessaire, pour que le gouvernement italien échoue et soit remplacé par des européistes bon teint.

C’est la stratégie du boa : l’étranglement progressif. Le buffle italien y échappera-t-il ? Tout dépendra de son courage, de sa détermination, de son organisation et de sa rapidité d’exécution : en un mot de son talent au combat.

Les armes du buffle italien :

– une nouvelle monnaie, les miniBots, permettant de baisser les impôts, de mettre en place d’autres mesures fortes pour relancer l’économie italienne.

– transférer le financement de l’économie italienne de l’euro aux miniBots pour que le financement soit abondant.

– le bon sens : relancer la croissance pour améliorer le sort du peuple italien contre une UE qui réclame de baisser les dépenses budgétaires quand l’économie est en récession.

– le risque d’auto destruction de l’UE : si l’UE va trop loin, la faillite des banques italiennes pourraient enfoncer toute l’UE dans une crise bancaire, financière, économique et politique.

– les Etats-Unis seront discrètement dans le camp du gouvernement italien.

 

Les armes du boa européen :

– le temps : le temps joue à priori pour lui car l’économie italienne, provisoirement portée par l’économie mondiale, est en train de s’enfoncer avec l’érosion de la croissance mondiale.

–  étrangler l’économie italienne en distillant la peur sur les marchés financiers pour faire monter le coût de financement de la dette italienne et des dettes en général.

– si c’est insuffisant, se débrouiller comme en Grèce en 2014 pour couper le financement des banques italiennes en euros (contrôlés par la BCE) pour asphyxier l’économie italienne.

– utiliser les élites européistes italiennes dont le président Mattarela pour qu’il bloque juridiquement Salvini et l’empêche d’agir.

– ultimement faire peur aux Italiens pour qu’ils virent Salvini et la coalition au pouvoir.

 

Dans ce combat, le buffle italien doit agir vite alors que le boa européiste a intérêt à prendre

son temps pour étouffer lentement mais surement son adversaire, sans que les imaginations ne soient frappées.

C’est pour cela que le buffle doit mettre en place rapidement la baisse promise des impôts et la monnaie parallèle pour relancer l’économie. Si le boa européiste réplique en asphyxiant l’économie, le buffle devra répliquer rapidement. Il doit donc préparer dès maintenant l’étape d’après pour se libérer de l’étranglement avant qu’il ne soit asphyxié et terrassé.

Le système de financement avec la monnaie parallèle doit être intégralement prêt et efficace: cela signifie qu’il faut préparer un circuit de paiement et de financement alternatif à l’euro avec des comptes bancaires, des prêts en miniBot et une banque d’Italie, une banque centrale des miniBots.

Les banques doivent pouvoir ouvrir un deuxième compte bancaire en monnaie parallèle à tous les acteurs de l’économie rapidement. (On ne peut pas imaginer créer assez rapidement des institutions ad hoc pour l’action. On ne peut non plus imaginer que l’économie italienne ne fonctionne que sur une monnaie parallèle en billets et pièces.) Grâce au 2ème compte bancaire, des crédits, des paiements pourront être réalisés en monnaie parallèle rapidement, permettant à l’économie de continuer à fonctionner. Les banques pourront elles-mêmes se refinancer en empruntant auprès de « la banque centrale de la monnaie parallèle », le trésor public ou une émanation du Trésor. Cette deuxième Banque Centrale doit être prête à refinancer les banques italiennes.

Ainsi, en cas d’asphyxie financière progressive sur l’euro par l’Union Européenne, l’économie italienne se financera et fonctionnera  de plus en plus avec la monnaie parallèle. La monnaie potentiellement la plus forte, l’euro, sera naturellement utilisée comme réserves de valeur, épargnée par les ménages.

Conclusion de la bataille

Il ne restera plus qu’à constater auprès de l’opinion publique l’acte de guerre de l’UE contre l’économie italienne et d’acter que l’Italie a recréé une monnaie et est sortie de l’euro avec probablement les applaudissements du peuple italien. La monnaie parallèle prendra le nom de lire. Les euros conservés par les Italiens seront transformés en lire au taux de une lire pour un euro. La lire flottera contre l’euro. On remarque qu’il ne faut pas établir de cours de change monnaie parallèle/euro avant cette date, sinon la situation finale devient compliquée, chacun demandant à bénéficier d’un cours de change favorable pour le change de ses euros au moment de la sortie. Chaque bien doit pouvoir se vendre au même prix en euro ou en monnaie parallèle. Ceux qui le voudront établiront un marché noir ou s’échangeront des euros contre la monnaie parallèle mais le gouvernement ne doit pas l’officialiser en créant un tel marché.

Il y aura évidemment beaucoup de péripéties et d’embûches politiques, de tactique et de manœuvres à engager. Mais une stratégie réussie ne peut à mon avis pas échapper à ce schéma général et doit être conduite rapidement. Cette stratégie est bien adaptée à l’Italie, le pays de la « Combinazione », il n’est probablement pas adapté à la France. Elle nécessite cependant une volonté et une extrême organisation du pouvoir italien pour y arriver. Espérons que Salvini a réellement ce projet en tête sinon il sera soit expulsé du gouvernement comme l’a été Berlusconi par l’Union Européenne en 2011, soit deviendra un nouveau Tsipras, chargé de faire avaler une potion amère aux Italiens.

Etre un héros, périr ou devenir un traître, il n’y a pas d’autres alternatives en ces temps de guerre économique contre le peuple italien.

[1] « Tant qu’on n’a pas récupéré la souveraineté, on ne peut pas redresser un pays »

http://leblogdephilippemurer.com/index.php/2018/09/28/budget-italien-tant-quon-na-pas-recupere-la-souverainete-on-ne-peut-pas-redresser-un-pays/

[2]  Jacques Sapir : “L’objectif du gouvernement italien est de créer une monnaie parallèle à l’euro”  https://www.marianne.net/economie/jacques-sapir-l-objectif-du-gouvernement-italien-est-de-creer-une-monnaie-parallele-l-euro

 

Récession en Italie, quel avenir pour le pays ?

L’Italie entre-t-elle dans une récession profonde avec son effet boule de neige : dette publique explosive / faillite bancaire italienne / faillite bancaire européenne / crise terminale de l’euro ?

L’Italie est en croissance quasi nulle depuis le 31 décembre 2001, moment où elle a adopté l’euro.

La « croissance » depuis 2008 se décompose en 3 phases :

. Rebond en 2010 et début 2011, après la violente récession de 2008-2009, grâce à un restockage, la hausse des dépenses publiques et de la consommation des ménages.

. Avec la crise aigüe de l’euro entre 2011 et 2013, plongée dans une nouvelle récession (baisse des dépenses publiques, hausse des impôts, forte hausse des  taux entraînant un  effondrement de l’investissement et de la consommation.

. Retour d’une croissance légère entre 2014 et 2018 avec comme facteur positif le restockage, des taux en baisse,  puis une reprise de la consommation et des investissements (qui contribuent chacun à la moitié de la croissance du PIB à partir de 2016)

 

Graphique du PIB et des contributions au PIB des différents facteurs.

 

Que se passe-t-il aujourd’hui?

Les choses sont en train de changer : forte hausse des taux, fin d’une croissance mondiale synchronisée, un taux d’épargne désormais très bas, des risques comme le Brexit sans accord, les tensions commerciales Chine – USA. L’Italie va-t-elle retomber dans une profonde récession ?

Après 2 ans et demi de croissance faible (moyenne de 1.3%), l’Italie a subi une récession lors des 6 derniers mois de 2018. Il est difficile de croire que la reprise de l’investissement qui a représenté la moitié de la croissance puisse durer.

Les autres pays européens ont tous une courbe de croissance équivalente, mais l’Italie est le pays le plus fragile. La politique « austéritaire » européenne fait que l’économie européenne ne peut être tirée que par l’extérieur ou des facteurs conjoncturels.

L’effet sur l’économie de la hausse de 1 – 1.5% des taux est assez lourd. C’est un facteur spécifique à l’économie Italienne. Sans Quantitative Easing supplémentaire de la BCE, les taux italiens vont rester élevés à cause d’un ratio dette/PIB de 133% (le ratio n’a au mieux que stagner les 3 dernières années). Les taux  seront aussi élevés pour les entreprises italiennes avec les difficultés des banques, presque insolvables dans les faits.

Le rendement des obligations italiennes est à 2.93% aujourd’hui contre 1% il y a 2 ans.

Enfin, les banques italiennes sont aujourd’hui des banques « zombie » puisque leurs fonds propres sont négatifs (Beaucoup de prêts sont des créances douteuses, non remboursées, du fait de la longue nuit de l’économie italienne entraînant ménages et entreprises vers la faillite). Toutes les banques à droite de l’abscisse 1 avaient des fonds propres négatifs il y a un an. Elles sont techniquement en faillite mais laissée en vie artificiellement d’où le terme banques zombie. Les autres ont des fonds propres quasi nuls.

Les banques (zombie) ont des spreads de crédit entre 1,5% et 2,5% (elles empruntent 1,5 à 2,5% au-dessus de l’Etat italien) ce qui les empêche de distribuer facilement du crédit à leurs clients. Il y a un risque que la crise des banques entraîne la crise de la dette publique et vice-versa. En cas de nouvelle récession, les banques risquent la faillite, ce qui entraînerait une boucle de rétroaction négative avec l’économie.

Ici, l’évolution du spread de crédit 1.6% de la plus grande et solide banque italienne Unicredit.

Les indicateurs avancés disent que l’industrie italienne est en ce moment en récession, les services étant en croissance 0.

La production industrielle ne monte plus depuis plus d’un an (et a fort peu rebondi).

Le problème de l’économie italienne reste l’arrêt de la hausse de la productivité depuis l’introduction de l’euro (du fait de la panne d’investissement et d’un effet blocage que l’euro a provoqué dans l’économie). Ce problème ne sera pas résolu sans sortie de l’euro.

Le commerce extérieur était un léger frein à l’économie italienne en 2018.

Conclusion : comme en plus, la croissance mondiale ralentit durablement, ni les services ni l’industrie ne vont sauver le pays grâce à la demande extérieure.

 

Le consommateur va-t-il sauver l’économie italienne ?

Les ventes de détail hors automobiles sont stagnantes en Italie.

Les ventes de voitures baissent de 3% sur l’année 2018 en Italie.

La dépense de consommation des ménages, réalisée dans les services, ne va-t-elle pas s’arrêter? La contribution de la consommation des  ménages à la croissance est quasi 0.

Le taux d’épargne des ménages est aujourd’hui très faible, de l’ordre de 7.5% du PIB.

Pour l’instant, la confiance des consommateurs restent près des plus hauts.

Mais le taux de chômage va remonter avec la récession et entamera la confiance, même si Salvini redonne de la confiance à la population italienne. Le nombre de personne en emplois reculera et avec ce recul, la confiance et la masse salariale qui déterminent la croissance de la consommation.

L’Italie a créé 1 million d’emplois en 4 ans, dont 1/3 à temps partiel mais le mouvement devrait s’arrêter.

L’immobilier tient mais avec des rendements proches de 3.5 % dans les grandes villes, il baissera si les taux à 10 ans augmentent un tant soit peu. Cela aurait un impact sur le sentiment du consommateur et la construction.

Ci-dessous le prix de l’immobilier.                   Ci-dessous le PIB issu de la construction.

Enfin, la relance du gouvernement Salvini – Di Maio est faible : 10 Milliards soit 0.6% du PIB. Si l’on estime le coefficient multiplicateur budgétaire à 1.4 en Italie, la hausse des dépenses publiques devrait générer au mieux 1.4*0.6 soit 0,8% de PIB en plus pour 2019.

Dernier facteur de risque : la dette italienne. S’il y a récession, le budget sera en net déséquilibre et la dette peut augmenter très rapidement entraînant une crise financière qui plongerait l’Italie dans une forte récession économique.

 

Conclusion :

 

. L’Italie a été en récession sur les 6 derniers mois et le sera encore ce trimestre. Quelques mois de plus et des effets vicieux (hausse du chômage, baisse des ventes de détail, baisse de l’investissement) vont apparaître entraînant eux-mêmes une baisse de la croissance.

. Les taux élevés, les difficultés des banques italiennes, une croissance mondiale affaiblie sont des facteurs négatifs pour à la croissance en Italie.

. Pire, les facteurs de risque qui pourraient faire basculer l’Italie en récession forte puis dans un cercle vicieux Crise économique à Crise financière et de la dette à Crise économique sont nombreux : Brexit sans accord, tensions commerciales américaines, marchés financiers en surtension.

. L’UE n’a pas d’intérêt à soutenir un gouvernement populiste qu’elle honnit par une politique monétaire adaptée comme des rachats de dette publique.

. Un facteur positif qui a fait reprendre 15% aux marchés financiers après leur chute de 20% de Novembre – Décembre : la FED a soutenu sans ambigüité le marché américain avec quelques phrases sur la fin de la hausse des taux et un possible Quantitative Easing léger (juste le réinvestissement des sommes remboursées par l’Etat au titre des anciens emprunts). Le soutien au marché financier de la FED est dans les faits presqu’inconditionnel.

X Si l’Italie bascule en récession marquée, la dette publique deviendra incontrôlable, la crise bancaire italienne et européenne aussi. En effet, les banques européennes détiennent des montants considérables de dette publique italienne qui les ferait basculer vers la faillite. Ce pourrait être la fin de la zone euro …

X La faillite pour l’Italie proviendrait alors de son appartenance à l’euro, le contraire de ce que serine à tout vent la caste.

 

X A moins que l’Italie ne sorte de l’euro : de nombreux économistes partisans de la sortie de l’euro sont dans l’Etat-major de la Ligue : on pense à Bagnaï, Borghi ou Savona.

Auront-ils les coudées franches pour le faire ? Rien n’est moins sûr au vu de la Constitution italienne dont votre serviteur n’est pas un expert ( !).

X A moins que l’Union Européenne déroge à ses principes et soutiennent encore et encore les marchés financiers et de dette publique afin de protéger l’euro et l’Italie.

 

Transition énergétique : Ce que font les gouvernements français, ce qu’ils devraient faire.

Pourquoi les gilets jaunes ont raison de s’y opposer.

Ce que font les gouvernements français depuis 10 ans :

. Une transition énergétique lente, à petite dose qui ne satisfait personne.

. Une transition sans aucune production française (ou presque) car sans aucune protection douanière.

. Une transition sans aucune planification par l’Etat avec des entreprises privées livrées à elles-mêmes donc sans coordination, sans prévisibilité sur les commandes, sans investissements conséquents, sans effet d’échelle ou R&D suffisante et ciblée.

. Sans financement public par la Banque de France donc avec des financements privés et chers.

. Une hausse des taxes pour « envoyer un signal prix au marché » qui découragera les plus pauvres de prendre leur voiture voire de posséder une voiture et de se déplacer.

. Développer par suivisme la voiture électrique nettement moins écologique et adaptée que la voiture à pile à combustible hydrogène.

. Une fermeture des centrales nucléaires à venir alors que les voitures électriques et hydrogène nécessitent nettement plus de production d’électricité. Il faut conserver les centrales nucléaires et produire massivement des énergies renouvelables avec des équipements fabriquées en France.

 

Rien d’anormal dans ces conditions que cette transition énergétique privatisée, sans plan, sans financement, sans moyen, chère pour l’Etat et le peuple, ne produise pas de richesses en France, fasse souffrir les classes populaires et moyennes.

 

Ce que le gouvernement devrait faire :

 

. Une transition énergétique avec une réelle planification, un plan adopté en concertation avec les entreprises privées pour une direction claire, pour que les entreprises puissent investir massivement, pour des effets d’échelle et des prix bas.

. Des moyens avec la création de monnaie chaque année (30 Milliards d’euros) pour les commandes aux entreprises privées en énergies renouvelables, infrastructures pour l’hydrogène.

. Un financement à 0% à 15/20 ans de l’isolation des bâtiments (appartement, maison, local commercial ou industriel, bâtiment public) pour que les économies d’énergie paient le remboursement de l’emprunt et que l’isolation soit indolore financièrement. Un emprunt pour l’isolation ne doit pas coûter le même prix qu’un emprunt pour la spéculation boursière.

. Une fabrication majoritairement en France des équipements de la transition par une commande publique réservée et le protectionnisme intelligent.

. Le développement prioritaire de la voiture à pile à combustible (hydrogène) véritablement écologique. Elle est adaptée aux campagnes par son autonomie et aux énergies renouvelables intermittentes grâce au stockage de l’énergie.

En revanche, l’obligation dans 5 ans aux citadins des grandes villes lorsqu’ils achètent une voiture neuve d’acheter une voiture propre à électricité ou hydrogène pour faire rapidement baisser les prix de ces véhicules.

Elargissement au reste de la France de la voiture propre neuve par la suite. La fin des voitures à essence/diesel se fera par extinction naturelle du parc.

. Pour accompagner le besoin en électricité et en hydrogène fabriquée avec cette électricité, développement massif des énergies renouvelables et maintien du nucléaire.

. Aucune hausse de taxe pour la transition énergétique car il n’y en aucun besoin. L’hydrogène produit grâce aux électricités renouvelables et nucléaire sera détaxé pour être concurrentiel avec l’essence.

 

Un tel type de stratégie permettra d’avancer beaucoup plus vite, sera beaucoup plus juste et permettra une création importante de richesses et d’emplois dans notre pays. A ces conditions, la transition énergétique emportera l’adhésion de la population.

 

Brexit et Italie : l’Union Européenne prend le risque qu’une catastrophe s’abatte sur les peuples.

Theresa May a dévoilé l’accord trouvé avec l’Union Européenne à l’issu des « négociations ». Il faut signaler ici que Theresa May est une très mauvaise négociatrice : dès que la situation s’est tendue, elle a tout lâché. C’est d’ailleurs une drôle de négociatrice qui a été choisie par le parti conservateur puisqu’elle était partisane de rester dans l’Union Européenne lors du référendum de 2016 ! Passons.

L’Union Européenne n’a rien lâché et humilie nos amis anglais : l’accord est très mauvais. C’est un Brexit qui n’en est pas un et qui mécontente tout le monde. Le Royaume-Uni resterait piégé dans l’Union Européenne en n’ayant plus aucun droit.

Pendant cette transition qui durera jusqu’en Décembre 2020 et qui peut être prolongée, la situation du Royaume-Uni restera inchangée en ce qui concerne l’accès au marché unique, l’union douanière, et les politiques européennes «avec leurs droits et leurs obligations». Le terme Union douanière signifie que tous les accords de libre-échange signée par l’UE avec les pays tiers s’appliquent à l’identique au Royaume-Uni. En revanche, le Royaume-Uni ne prendra plus part aux décisions de l’UE tout en étant contraint de les appliquer et ne pourra pas s’opposer à une norme européenne (sur l’automobile par exemple) qui entrerait en vigueur pendant la transition.

Pire, du fait de l’imbroglio causé par l’intransigeance de l’Union Européenne sur la frontière irlandaise et les procédures douanières choisies, le Royaume-Uni est assuré de rester coincer dans l’Union douanière ad vitam aeternam si le machin européen le décide. Or, l’union douanière met la Grande Bretagne sous l’emprise des normes juridiques contraignantes européennes. Le pays n’aura donc pas véritablement retrouvé sa liberté.

Maigre consolation pour les Britanniques, les agriculteurs britanniques ne percevront plus d’aides de l’UE (3 milliards d’euros en 2014, selon le dernier bilan officiel des montants réglés) mais le gouvernement britannique la soutiendra par ses propres aides. La City britannique bénéficiera des règles d’équivalence et aura accès aux principaux marchés financiers européens. Londres gèrera à priori seule sa politique d’immigration en n’étant plus contrainte par des textes européens qui empêchent tout contrôle de l’immigration (regroupement familial obligatoire, difficulté de contrôler ses frontières, texte empêchant l’expulsion des clandestins etc.).

L’Union Européenne aurait pu négocier un accord de libre-échange sur les biens avec des normes identiques pour le Royaume-Uni, le plan Chequers proposé par Theresa May, et laisser le Royaume-Uni collecter les taxes douanières pour les rares cas ou des marchandises arrivent de pays tiers au Royaume-Uni avant de passer en République d’Irlande. Mais, elle ne l’a pas voulu : elle a préféré humilier nos amis britanniques et a refusé qu’ils reprennent totalement leur liberté.

Cela ne présage rien de bon pour l’avenir même si personne ne sait ce qui se passera demain : Theresa May sera-t-elle démise de ses fonctions de premier ministre quelques mois avant le départ du Royaume-Uni ? L’accord sera-t-il refusé par le Parlement dans les prochains mois ? Auquel cas, on risquerait d’avoir une sortie sans accord, la pire pour les Européens et les Britanniques : les 500 Milliards de livres d’échanges commerciaux entre l’Europe et le Royaume-Uni se feraient sans texte, juste avec les règles de l’OMC. On ne dénoue par des liens qu’on a voulus si étroits sans remettre en place des coopérations et avec brutalité.

Un Brexit sans accord ne serait pas une horrible catastrophe mais mettrait quand même en risque les 25 milliards d’exportations industrielles françaises, les 5 milliards d’exportations agricoles, la compétitivité mondiale des entreprises établies des deux côtés de la Manche comme Airbus. Et si nous humilions les Anglais comme nous sanctionnons les Russes, nous risquons de perdre ces marchés pour longtemps avec chômeurs anglais mais aussi français et européens à la clé.

Même nos coopérations sur la sécurité, le terrorisme, la défense pourraient être affectées par cette politique humiliante, hors sol et oublieuse de la réalité de nos liens. Mais, l’Union Européenne n’en a cure : elle est composée de fonctionnaires européens aux salaires élevés et garantis qui sont chargés des négociations !

 

Avec l’Italie, le machin européen joue un jeu sensiblement identique. Le peuple italien a voté pour le mouvement M5S et la Ligue afin de maîtriser un peu plus son immigration et relancer une croissance anémique depuis 20 ans. On rappellera que la croissance en Italie est quasi nulle depuis l’adoption de l’euro : environ 0.2% par an. Cela a détruit l’investissement des entreprises, l’investissement de l’Etat par ricochet à cause des politiques d’austérité, la qualité des infrastructures italiennes (l’affaire du Pont Morandi et de ses 43 morts en est une morbide illustration). Cette croissance 0 a fait fortement augmenté le taux de chômage des italiens et notamment le chômage des jeunes. Avec 35% de jeunes ne trouvant pas d’emplois et un certain nombre trouvant des emplois très mal payés, ceux-ci restent de plus en plus chez leurs parents jusqu’à 30 voire 35 ans. Impossible de fonder une famille et de vivre libre dans ces conditions. Enfin, la grande pauvreté augmente aussi en Italie (10% des Italiens la subissent aujourd’hui).

Fort de cette situation économique désastreuse et de la demande du peuple italien, le gouvernement a établi un projet de relance économique de 20 Milliards d’euros environ comprenant un meilleur entretien des infrastructures, une baisse des impôts, un système de retraites laissant partir des personnes âgées à la retraite un peu plus tôt et un revenu minimum pour les personnes sans emploi mais cherchant activement un emploi. Le risque n’est pas très grand mais ce plan donnera un répit aux entreprises italiennes et créera des emplois. Le déficit budgétaire est prévu à 2.4% pour 2019 (cependant, moins que la France et ses 2.8%).

Mais, comme chacun a pu l’observer, l’Union Européenne ne veut pas que le peuple italien choisisse librement son budget quels que soient les besoins et déroge aux règles européennes. Aussi, le conflit est-il de plus en plus grand. L’Europe gérant la relation avec les banques italiennes via la BCE et l’alimentation des marchés financiers, les taux se tendent fortement en Italie dans la crainte d’une opération « à la grecque ». L’Etat italien emprunte à 10 ans à 3.5% quand il emprunt à 1.8% il y a mois. La plus grande banque italienne est considérée comme un emprunteur risqué avec un coût d’assurance sur les emprunts 2% au-dessus des taux de l’Etat italien. La croissance italienne est cassée. L’économie est à l’équilibre au troisième trimestre et la récession guette.

La crise italienne risque fort de se transformer en crise bancaire italienne puis européenne qui se transformera en crise financière et économique généralisée. Les citoyens paieront encore pour la rigidité mortifère de l’Union Européenne par des millions de chômeurs et une forte casse économique et sociale. Si cette crise italienne se conjugue avec une crise britannique, c’est bien tout le machin européen qui risque de nous tomber sur la tête avec des coûts démultipliés pour tous. Le risque est bien aujourd’hui de rester dans le bateau ivre européen et non d’en sortir, et vite ! La conjonction de la sortie de trois grands pays Grande-Bretagne, Italie et France rendrait cette sortie encore plus simple avec un rapport de forces complètement inversé.

Budget italien : tant qu’on n’a pas récupéré la souveraineté, on ne peut pas redresser un pays.

La proposition de budget vient d’être présentée par le gouvernement italien. Le brouillard est donc levé.

Rappelons que la croissance italienne est aujourd’hui très faible : de l’ordre de 1.2%. La prévision de la Banque d’Italie pour 2019 est de 1%. Les perspectives ne sont pas réjouissantes tant dans l’industrie, en croissance 0, que dans les services, en croissance faible.

Les taux sont passés de 1.7% à 3.25% et vont peser sur la croissance à venir. Il est difficile d’imaginer une amélioration de la situation : la fin des achats d’obligation par la Banque Centrale Européenne en Décembre 2018 risque de multiplier les risques de tensions sur les taux.

Si l’on estime le coefficient multiplicateur budgétaire à 1.4 en Italie, la hausse des dépenses publiques devrait générer au mieux 1.4*0.8 soit 1.1% de PIB en plus pour 2019.

Vu la hausse des taux qui pèsera sur la croissance et la relance budgétaire, la croissance italienne devrait être assez faible l’année prochaine : de l’ordre de 1-1.5%. Rien ne dit que les taux italiens ne vont pas s’emballer et peser plus encore sur la conjoncture. Dans ces conditions, il est probable que la Commission Européenne s’en tienne à des remontrances, laissant les souverainistes responsables de leur politique et de ses résultats.

Le gouvernement de la Liga et du M5S n’auront probablement pas de succès économique et donc de crédibilité à mettre à leur compte dans un an, à moins qu’ils n’aient de la chance, par exemple avec une excellente conjoncture mondiale. L’absence de décision que révèle ce budget est très inquiétante pour la réussite de ce gouvernement souverainiste en Europe. Il nous rappelle une chose simple : tant qu’on n’a pas récupéré la souveraineté, on ne peut pas redresser un pays. Une bonne nouvelle dans tout cela : le gouvernement a nommé le président de la Raï, un souverainiste selon les médias italiens. C’est un gage que l’information sera au minimum neutre pour le futur gouvernement. Mais la communication n’est pas tout.

 

L’avenir de l’Italie et de l’Union Européenne se joue en ce mois de Septembre

Les mouvements souverainistes italiens de Salvini (Ligue) et de Di Maio (M5S) ont été portés au pouvoir avec une double exigence des électeurs : arrêter les flux d’immigration vers l’Italie et relancer enfin la croissance et l’emploi dans la péninsule : l’Italie est en effet malade de l’euro et n’a quasiment eu aucune croissance depuis 17 ans, depuis l’adoption de la monnaie unique. Chacun imaginera aisément les dégâts sur l’emploi et notamment l’emploi des jeunes, la pauvreté, la santé des entreprises italiennes.

Voici l’évolution du PIB c’est-à-dire la richesse italienne depuis 2001.

 

Premier temps : la bataille de l’immigration :

Salvini a engagé la bataille de l’immigration à travers un bras de fer médiatique avec les autres pays, avec l’Union Européenne et avec la bien-pensance. Il l’a gagné haut la main. Il a arrêté une partie des bateaux de migrants et en a laissé passer quelques autres. Il a dénoncé l’hypocrisie des bien-pensants, la logique des passeurs et des associations qui finalement les servent. Le peuple italien a été séduit par un homme politique qui tient enfin ses promesses et qui revendique « L’Italie d’abord ». Cela est pour l’instant mérité. Les sondages donnent maintenant la Ligue à 32% en cas de nouvelles élections.

Deuxième temps : la bataille de l’économie, du chômage et de la pauvreté.

Le débat et le vote du budget vont bientôt commencer. L’Italie est économiquement très affaiblie, les souffrances sociales du peuple italien sont à la fois endémiques et considérables avec des taux de chômage des jeunes au-dessus de 30% depuis des années. A tel point que les jeunes italiens n’ont souvent pas d’autres choix que l’exil. Pour ceux qui ont un emploi, les salaires sont en baisse de 5% depuis 2004. Là repose la deuxième partie des promesses des partis du gouvernement, Ligue et M5S, c’est leur deuxième défi. Ne voulant pour l’instant pas sortir de l’Union Européenne et faire du patriotisme économique, du protectionnisme intelligent et toutes les mesures rendues possibles par le retour de la souveraineté, il ne reste plus qu’un levier important pour relancer la croissance : le budget qui va être débattu et voté dans les semaines à venir. La question est fondamentale : le gouvernement va-t-il relancer la croissance avec un budget offensif à base de travaux sur des infrastructures vétustes, de baisses d’impôts promises par Salvini et de revenu universel par Di Maïo ? Ou bien va-t-il céder à l’Union Européenne, abandonner les promesses faites aux électeurs en appliquant l’austérité européenne ?

L’abandon des promesses sur l’économie ?

S’ils abandonnent leurs promesses, l’économie italienne déjà presque à l’arrêt (0.5% de croissance en 6 mois) va s’enfoncer d’avantage encore. En effet, les taux italiens à 10 ans ont augmenté, passant de 1.8% à près de 3%. Cela est un frein important qui sera encore plus puissant quand la BCE arrêtera d’acheter des dettes publiques dans 4 mois. Si l’on rajoute à cela, un programme d’austérité, l’Italie pourrait s’enfoncer dans la récession, provoquant plus de difficultés économiques, de chômage et de pauvreté. Le gouvernement serait déclaré comptable de la situation et logiquement mal jugé par les Italiens dans un an. C’est la voie de la « Tsiprassisation » du nom du président grec qui a laissé ruiner son pays contre le vote de ses citoyens avec l’aide de la Troïka européenne.

L’abandon des promesses sur l’immigration ?

L’autre moitié des promesses, sur l’immigration, ne pourra pas non plus être tenue sur le moyen terme. Le renvoi de 500.000 immigrants illégaux est rendu impossible par les lois italiennes qui transposent les directives européennes sur le sujet. En effet, la Directive retour impose qu’un clandestin ne peut être renvoyé dans son pays que s’il est volontaire ! S’il refuse et disparaît dans la nature, on peut alors essayer de le rattraper, avec une chance infime, pour le faire partir. Encore faut-il que les pays d’origine l’acceptent. Or, la majorité de ces pays y font obstacle et le refusent. Seul, l’utilisation de toutes les armes économiques et diplomatiques d’un pays entièrement souverain imposera aux pays d’origine de récupérer leurs clandestins, une mesure pourtant naturelle et légitime (menaces de coupe dans l’aide au développement, de restriction des flux d’argent entre les 2 pays, de restriction sur les échanges commerciaux…).

L’immigration illégale continue à arriver en Italie en provenance des Balkans via les frontières poreuses de l’Union Européenne. L’immigration légale arrive encore, aidée par les contraintes européennes comme l’obligation d’accepter le regroupement familial.

S’il n’est pas en pleine possession de ses lois, de ses frontières et de ses armes économiques, ce gouvernement souverainiste sera dans le temps immanquablement en échec sur l’immigration. Si ce gouvernement est encore là dans un an, il sera alors logiquement tenu comptable de la situation sur l’immigration par son peuple. Le bras de fer médiatique ne suffira plus aux Italiens.

Continuer ainsi, rester dans l’Union Européenne et donc dans l’impuissance en termes d’action tuera la foi dans les souverainistes italiens. C’est un piège mortel pour eux comme pour tous.

Quel choix reste-t-il au gouvernement italien ?

Le seul choix qui reste au gouvernement italien est donc de faire un véritable bras de fer avec l’Union Européenne sur le budget : engager un véritable programme de relance de l’économie pour soigner le chômage, la pauvreté et la mauvaise santé économique générale. Le refus de Bruxelles, sous prétexte habituel d’austérité, démontrera à tout le peuple italien qu’il n’y a aucun remède à la souffrance économique et sociale dans l’Union Européenne. Le gouvernement italien pourra aussi démontrer à sa population qu’il n’y a aucun remède aux flux d’immigration en étant dans l’Union Européenne. Ceci est assez simple pour des partis au pouvoir. Ces actions donneront aux Italiens foi et confiance dans ce gouvernement et les partis politiques sous-jacents, ce qui sera un excellent point pour eux lors de nouvelles élections.

Si Salvini a annoncé hier qu’il comptait globalement respecter les contraintes de Bruxelles sur le budget, il faut attendre pour juger : parlait-il de déficit primaire ou global, de déficit avant investissements publics, sur quelle hypothèse de croissance comptait-il, 1% ou 4% ? Nous sommes dans une période tactique pour le gouvernement italien et personne n’est sûr de ce qui sortira finalement du chapeau. Cependant, ce gouvernement n’aura pas le choix, il agira en héros ou en traître du peuple italien. Je penche pour la première proposition.

De nouvelles élections pour récupérer les moyens d’agir de l’Italie, de guérir les plaies ouvertes.

Une démission de la Ligue de Salvini, la partie la plus ferme du gouvernement, suite au refus de toutes solutions par Bruxelles, suffirait à provoquer de nouvelles élections. Le seul gouvernement alternatif possible serait en effet un gouvernement M5S, Parti Démocrate accompagnés des petits partis et incluant même Forza Italia, le parti de Berlusconi, pour parer aux nombreuses défections de députés M5S. Cela paraît arithmétiquement possible mais est dans les faits politiquement impossible car le M5S ne l’acceptera jamais, la lutte anti-corruption étant un des piliers de ce parti (Voir la composition de la chambre des députés et du Sénat en fin d’article).

Ces élections se feront alors sans trompe-l’œil, sur le thème de la nécessité pour l’Italie de sortir de l’Union Européenne pour réduire ses problèmes d’immigration et ses problèmes économiques et sociaux. Vu les sondages actuels de 32% pour la Ligue et de 28% pour le M5S, il y a peu de doutes quant à la victoire des souverainistes de droite et de gauche. Même si l’Union Européenne utilise l’arme des marchés financiers pour peser le plus possible sur l’élection (Le Commissaire Européen Oettinger expliquait le 29 Mai 2018 « Les Marchés vont apprendre les Italiens à voter ».). L’enfumage financier ne prendra pas, la Ligue ayant prévenu les électeurs sur les « partis du Spread ». Les élections ont de grandes chances d’être gagnées.

La formation d’un gouvernement d’Italexit sera alors une formalité. L’Italie serait le premier membre fondateur de l’Union Européenne à en sortir, quelques temps après le Royaume-Uni. La désintégration de l’Union Européenne est en marche : il ne faut plus qu’un peu de courage des dirigeants souverainistes pour l’acter. Relever nos pays à genoux est à ce prix, un prix faible pour la liberté, l’unité et la prospérité.

 

630 membres de la Chambre des députés et les 315 membres du Sénat.

Chambre des Députés 630 Députés Sénat 315 Sénateurs
Majorité nécessaire 315 Députés Majorité nécessaire 158 Sénateurs
M5S 228 M5S 112
Ligue 125 Ligue 58
Frères d’Italie (proches de la Ligue) 32 Frères d’Italie (proches de la Ligue) 18
Parti Démocrate et assimilés 121 Parti Démocrate et assimilés 60
Forza Italia (Berlusconi) 104 Forza Italia (Berlusconi) 57
Libre et égaux (gauche progressiste) 14 Libre et égaux (gauche progressiste) 4
Nous avec l’Italie (démocrate-chrétien) 4 Nous avec l’Italie (démocrate-chrétien) 4
Autres 2 Autres 2

 

Accord entre Trump et Juncker pour un nouveau traité transatlantique ? Un danger pour la France, notre économie et notre environnement.

Trump et Juncker se sont rencontrés hier pour négocier sur la question du commerce entre l’Union Européenne et les Etats-Unis. L’objectif de l’Union Européenne est d’éviter à l’industrie automobile allemande de subir des droits de douanes de 25% sur les importations de voitures aux Etats-Unis. Trump avait brandi cette mesure protectionniste pour forcer les constructeurs allemands à produire sur le sol américain. Le président américain veut en effet réduire le déficit commercial américain avec l’Europe, d’environ 120 Milliards d’euros, dont la moitié est due aux échanges avec l’Allemagne. Il veut réindustrialiser son pays pour faire croître la proportion des salariés bien payés. Rappelons que le commerce entre la France et les Etats-Unis est grosso modo équilibré.
Le président américain est un redoutable négociateur. S’il dit vouloir négocier avec l’Union Européenne, c’est qu’il compte tirer de sa position de force beaucoup d’avantages commerciaux afin de réindustrialiser l’Amérique au détriment de l’Europe. L’Union Européenne va ainsi défendre les exportations allemandes de voitures en lâchant sur de nombreux secteurs qui toucheront la France. L’Allemagne se cache habilement derrière l’Union Européenne pour défendre ses intérêts commerciaux en sacrifiant une fois de plus la France que les présidents successifs sont incapables de défendre depuis fort longtemps. Ceci sera très négatif pour notre pays.
L’objectif de Trump est de réindustrialiser l’Amérique et de recréer des emplois bien payés. L’objectif est légitime mais le but tout aussi légitime du gouvernement français doit être de défendre les intérêts de notre pays. Cet objectif est aujourd’hui inaccessible puisque ce n’est pas le président français qui négocie mais le patron de la Commission Européenne.
Donald Trump a déjà obtenu de l’Union Européenne qu’elle s’engage à acheter de grandes quantités de soja OGM traité à 94% au glyphosate et du gaz de schiste liquéfié, montrant le peu d’attachement de Bruxelles pour la résolution de nos problèmes d’environnement. Avec l’Union Européenne, le commerce doit passer avant tout, avant l’emploi, avant l’environnement, donc avant les hommes et la vie.
Pire, l’Union Européenne et les Etats-Unis vont travailler sur un nouvel accord de libre-échange ou les droits de douane agricoles seront mis sur la sellette. Notre agriculture pourrait être sacrifiée par une forte baisse des droits de douane avec les USA ouvrant grand la porte à la malbouffe américaine et à son agriculture chimique ultra compétitive mais dangereuse pour la santé. Cet accord pourrait compromettre la possibilité de transformer notre agriculture en agro-écologie puisque nous ne pourrions plus protéger nos agriculteurs et donc leur permettre de passer ce cap difficile.
Enfin, les deux dirigeants ont expliqué vouloir négocier la fin des « barrières tarifaires » : ce qui est appelé « barrières », ce sont les normes françaises et européennes, les choix de société que nous faisons pour protéger les citoyens et la santé de tous. L’alignement des normes européennes sur les normes américaines serait une très mauvaise nouvelle. De plus, une fois cet accord fait, il n’y aurait pas moyen de remonter les normes françaises pour imposer une politique environnementale ou de santé publique, d’y interdire par exemple le glyphosate, puisqu’il faudrait rester aligner sur les normes américaines.
C’est un nouveau traité transatlantique, encore plus à l’avantage des Etats-Unis qui risque de se négocier dans notre dos, contre nos intérêts. Espérons que les négociations échoueront.
Si la France était souveraine, elle devrait laisser les USA imposer des taxes sur les voitures, ce qui ne nous pose aucun problème puisque nous n’en exportons pas, et mettre des droits de douane sur une industrie qu’il est vital de relancer en France. Oui mais pour l’instant, la majorité des Français préfère encore rester dans l’Union Européenne. Notre Nation devra encore attendre et probablement en souffrir.

Le bras de fer entre l’Italie et l’Union Européenne sera un formidable révélateur.

Le drame politique italien s’est donc dénoué jeudi 31 Mai : après que le président Matarella ait refusé de nommer un gouvernement M5S et Lega issu de la majorité des votes des italiens pour cause de ministre de l’économie et des finances anti-euro, Paolo Savona, après avoir essayé de former un gouvernement à partir d’un ancien économiste du FMI Carlo Cotarelli ( !), un gouvernement M5S et Lega a finalement été accepté par le président italien. Le coup était trop gros, le viol démocratique était trop flagrant pour que la solution FMI tienne la route.

Pour sauver la face, Paolo Savona n’est plus ministre de l’économie et des finances mais ministre des affaires européennes ce qui promet de jolis empoignades à Bruxelles. Le premier ministre reste Giuseppe Conte, adjoint de 2 vice-premier ministre de poids : Luigi di Maio président du M5S et Matteo Salvini président de la Lega. Le ministre de l’économie et des finances est un économiste très eurocritique et ayant soutenu le Brexit, Giovanni Tria[1].

La partie de bras de fer ou plutôt de poker menteur peut commencer avec Bruxelles.

Ce gouvernement a 2 priorités : arrêter l’immigration clandestine et renvoyer 500.000 migrants illégaux d’une part, relancer l’économie italienne avec un programme de baisse d’impôt et de relance par la dépense publique d’autre part. Ces 2 priorités voulues par le peuple italien et exprimées par son vote sont « verboten », interdites par Bruxelles.

L’Union Européenne interdit ou gêne considérablement le renvoi de clandestins via certaines Directives et la CEDH : renvoyer un immigrant clandestin est rendu quasi impossible dans les faits à cause des arcanes, volontaires, du droit européen[2]. L’Italie y est soumise comme la France et sauf à violer l’Etat de droit et l’Union Européenne dans le même mouvement, les départs ne sont possibles qu’au compte-goutte, nettement moins rapidement que les arrivées. Le gouvernement italien doit aussi faire pression sur de nombreux pays d’origine qui refusent les retours de leurs émigrants : seules, la menace de sanctions commerciales avec des tarifs douaniers appliqués sur les importations, de sanctions financières avec un non-règlement des aides au développement promises peuvent permettre de débloquer ce refus par ailleurs totalement injustifié. Or, la menace de sanctions commerciales est interdite par l’Union Européenne qui gère les accords commerciaux avec l’extérieur. Le retour des clandestins sera donc dans les faits très difficile et c’est ce que démontrera probablement l’action du gouvernement italien.

Le pays a besoin d’une relance de son économie, le PIB n’ayant presque pas augmenté depuis l’arrivée de l’euro (0.2% par an depuis 16 ans) et le PIB par habitant, donc le revenu par habitant ayant baissé sur cette longue période : en un mot, les Italiens se sont fortement appauvris et l’investissement s’est effondré. La relance de l’économie italienne est un processus bloqué par l’Union européenne. La Commission Européenne examine les budgets des pays et demande des corrections au moyen de nombreux instruments obscurs pour le grand public dont le pacte budgétaire européen TSCG. Si le budget est retoqué et il le sera, le pays sera sanctionné. En tout cas, il n’y a aucune chance que l’UE laisse faire car elle serait alors sous le feu des pays sous contrainte austéritaire européenne désireux de desserrer eux-aussi l’étau budgétaire et des pays du Nord ne voulant surtout pas desserrer cet étau : la phrase du député Allemand Markus Ferber de la CSU « la Troïka doit marcher sur Rome pour prendre le contrôle du Trésor italien » nous informe de la volonté de certains.

Mais surtout, la BCE fera à coup sûr usage de son énorme pouvoir d’alimenter ou non le système financier de l’Italie et donc les banques, l’Etat et l’ensemble de l’économie, pour mettre le pays sous pression. Cela peut se faire brutalement en bloquant presque totalement l’accès aux liquidités aux banques comme en Grèce, cela peut se faire doucement mais surement à travers des techniques d’étouffement diverses et variées. La phrase du Commissaire Européen au budget ,Günther Oettinger de nationalité allemande, « Les marchés financiers apprendront aux Italiens à voter correctement» dit là aussi tout sur la capacité de la BCE à étrangler le système financier italien et à faire ainsi pression sur le peuple italien via la chute des marchés financiers. Eh oui, Euro et diktat des marchés financiers sont bien les 2 faces de la même médaille. Dit autrement, euro et démocratie sont incompatibles.

Face à l’étouffement probable de l’économie italienne que le boa BCE mettra en place, le gouvernement italien aura alors deux choix pour éviter d’échouer à la Tsipras et de trahir son peuple : sortir de l’euro et donc de l’Union Européenne pour pouvoir relancer son économie ou créer une monnaie parallèle à l’aide de mini bons du trésor comme l’ont prévu M5S et la Lega ce qui reviendra donc à sortir de l’euro et rapidement de l’Union Européenne ! Un troisième choix reste possible : le gouvernement ou la partie Lega ou M5S démissionne, imposant presqu’automatiquement de nouvelles élections en expliquant au peuple Italien : vous voulez stopper l’immigration clandestine et relancer l’économie; l’Union Européenne y a fait obstacle par tous les moyens. Nous avons démontré qu’il est impossible d’appliquer votre volonté en étant dans l’Union Européenne. Nous aurions alors la tenue de nouvelles élections qui seraient une sorte de référendum sur ltalexit, avec l’inconvénient d’évoluer dans les mers potentiellement agitées des marchés financiers, excités par les élites eurogagas.

La seule exception à la tenue de nouvelles élections serait que des parlementaires M5S et Lega s’associent aux partis traditionnels pour garder envers et contre tout l’Italie dans l’UE pendant quelques années avec un nouveau contrat de gouvernement, européiste cette fois-ci. On peut clairement espérer qu’aucun parlementaire souverainiste italien ne trahisse le peuple et ne s’engage dans cette voie.

Quoi qu’il arrive, la partie de poker menteur qui se joue en Italie, sera terrible mais passionnante. Elle démontrera à tous ceux qui ne veulent pas le voir que l’Union Européenne n’est pas réformable (ou très très marginalement réformable). Elle dira clairement à tous les électeurs italiens et français que le seul choix est : l’Italexit et le Frexit ou accepter de voir leurs pays s’enfoncer dans une crise de plus en plus violente.

[1] https://www.zerohedge.com/news/2018-05-31/conte-reveals-new-italian-government

[2] https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:32008L0115&from=FR

Par exemple, l’article 7 de la directive (CE) 2008/115 du 18 décembre 2008, appelée « directive retour » prévoit que la mesure de reconduite à la frontière d’un immigrant clandestin doit être d’abord volontaire ! Celui-ci a donc tout le temps de disparaître dans la nature… La seule exception étant une atteinte à la sécurité nationale ou une demande de séjour rejetée car elle était manifestement irrégulière (dans les faits, la CJUE ne le prend en compte que de manière très rare, l’interprétation étant toujours très restrictive).

 

Pourquoi la privatisation de la SNCF et la concurrence ferroviaire sont une absurdité ?

Rappelons tout d’abord que le démantèlement du service public du rail a été lancé par une directive de l’Union Européenne de 1991[1].

Nous abordons la dernière phase des directives européennes : les lignes régionales devront être ouvertes à la concurrence en 2019, les lignes TGV en 2021 : c’est ce qu’impose la directive de l’Union Européenne qui doit être transposée en France avant la fin du mois de décembre 2018[2].

 

Malgré toutes les déréglementations successives, le rail français reste un des meilleurs d’Europe : comme il a été un des moins dérèglementés en Europe, il est un des 3 meilleurs d’Europe[3] selon une étude du cabinet américain Boston Consulting Group. Selon cette étude, les subventions publiques sont bien utilisées et sont performantes, la SNCF obtenant la 3ème place en Europe. Pourquoi donc faudrait-il tout chambouler ?

Classement du rail français selon diverses mesures de performances (qualité du service, sécurité, intensité d’utilisation)

 

Le gouvernement est-il vraiment poussé à réformer par la situation catastrophique de la SNCF ?

Ceci est évidemment faux puisque celle-ci a gagné 1.3 Milliards en 2017, après 600 millions en 2016 et 400 millions en 2015.

La dette de la SNCF augmente mais elle provient des énormes investissements nécessaires à la construction de nouvelles lignes TGV. Il n’est pas interdit de faire une pause dans la construction de lignes TGV pour rembourser la dette. A remarquer que l’Etat allemand a repris les 35 Milliards de dette de la Deutsche Bahn en 1995. D’autre part, les investissements de l’Etat dans la construction et l’entretien des routes de 14 Milliards par an ne sont pas affectés aux transporteurs par camion ou autocar (derniers chiffres datant de 2009). Si on voulait désavantager le transport par le rail, plus écologique et plus sûr, le gouvernement ne s’y prendrait pas autrement.

La mise en concurrence de la SNCF améliorera-t-elle le service ?

Depuis que la dérèglementation a été mise en œuvre – séparation du réseau et des trains, réparation moins rigoureuse pour dégager des profits- chacun peut observer que le service public s’est dégradé : ponctualité, fréquence des trains, abandon de lignes voire même accident évitable dû à un entretien catastrophique comme à Brétigny. On ne voit pas pourquoi les mêmes causes n’auraient pas les mêmes effets. Plus de privatisation continuera probablement à faire baisser la qualité de service et mettra les voyageurs en danger.

A noter que les Anglais ont eu à subir une baisse de la qualité de service et des hausses de prix avec la privatisation complète du rail : résultat, les Britanniques déboursent chaque mois six fois plus que les Français simplement pour se rendre sur leur lieu de travail, 14% de leur revenu mensuel, très exactement, contre 2% pour les usagers de l’Hexagone. Regarder par exemple sur internet les prix d’un Londres Manchester et vous serez surpris ! Excédés par cette dégradation du service, ils sont aujourd’hui 60% à vouloir renationaliser le rail. Et pourtant, le Royaume-Uni étant 2 fois plus petit que la France pour la même population, gérer un service ferroviaire est nettement plus simple. On remarquera que le système ferroviaire a beau être privé au Royaume-Uni, cela n’en rend pas moins nécessaire l’argent public et les subventions pour un montant de 4.6 Milliards d’euros par an.

Un des méfaits évidents de la concurrence dans le rail est que les entreprises privées vont sur les lignes rentables (comme Paris Lyon) pour gagner de l’argent ce qui laisse d’autant moins de moyens pour que la SNCF desserve les lignes moins rentables mais très utiles aux territoires ruraux.

La multiplication des compagnies de train, la nécessité et la difficulté de les coordonner entraîne une hausse des coûts et des prix.

Les petites lignes seront-elles sauvées ?

Le gouvernement veut laisser le choix de garder ou non les petites lignes aux Régions. Les moyens financiers des régions étant limités, elles n’auront souvent pas d’autres solutions que de passer du train à l’autocar avec la pollution et les risques d’accidents qui vont avec, ou de réduire encore plus les fréquences de passage. Mais réduire les fréquences, c’est mettre en place un cercle vicieux. En effet dans un système de transport comme le train, plus les horaires sont rapprochés, plus les voyageurs ont tendance à l’utiliser. C’est pourtant au niveau national que doit se décider l’aménagement du territoire avec la desserte par les trains. Comme le dit Jacques Sapir : « en mettant dans les territoires ruraux et à la disposition du plus grand nombre un moyen de transport fiable, efficace et rapide, les chemins de fer permettent le développement d’entreprises et d’activités dans des régions où spontanément elles ne s’installeraient pas sans cela ».

La mise en concurrence de la SNCF augure mal des petites et moyennes lignes peu rentables : obligée de céder des parts de marché sur les lignes les plus fréquentées et les plus rentables, ses moyens diminueront pour desservir les petites et moyennes lignes moins fréquentées. La logique de la mise en concurrence et de la privatisation sera donc la suppression de petites lignes, le démaillage ferroviaire de la France et la fin d’un aménagement du territoire pourtant nécessaire.

Le gouvernement privatisera-t-il ou non la SNCF ?

Le gouvernement a annoncé qu’il transformera la SNCF en entreprise privée. Le gouvernement ne parle pas de privatisation car le mot fait peur. L’Etat sera actionnaire unique d’une nouvelle structure qui pourra être, comme l’ont été Air France, EDF, GDF avant elle, privatisée un peu plus tard. Quoi qu’il arrive, la mise en concurrence obligera la direction de l’entreprise à gérer la SNCF comme une entreprise privée afin de faire face à la concurrence.

Doit-on souhaiter que les cheminots aient le même statut que les salariés d’une entreprise privée?

On peut vouloir moderniser le statut des cheminots même si celui-ci a beaucoup évolué et est loin des poncifs dont on les affuble. Il est important de garder des spécificités car un cheminot est responsable par ses décisions de très nombreuses vies humaines : il doit être protégé pour pouvoir mettre au premier rang de ses décisions la sécurité des personnes transportées (nécessité de réparer les rails, les aiguillages etc.).

 

Décidée par l’Union Européenne, la fin du service public dans le rail est bien une absurdité : elle fera baisser l’utilisation d’un moyen de transport écologique, fiable et sûr, que les Français apprécient, au moment où la France se pose en championne de la lutte contre le changement climatique. Pour les clients, elle fera monter les prix et dégradera le service proposé sans pour autant empêcher que des subventions publiques soient versées comme elles continuent à l’être en Grande-Bretagne.

Les seules à s’en réjouir seront quelques grandes compagnies privées qui, après avoir bénéficié du rachat des autoroutes, pourront essayer de conquérir des parts de marché sur les lignes de train les plus rentables.

L’expérience ratée de la privatisation du rail au Royaume-Uni aurait dû dissuader le gouvernement d’une telle réforme. L’histoire aussi : la concurrence dans le rail a existé en France, c’était au 19ème siècle. Et cela a si mal fonctionné que le gouvernement français a fini par nationaliser les chemins de fer. Malgré son discours qui ne parle que de progrès et d’avenir, Macron nous ramène au 19 ème siècle.

Philippe Murer le 14 Mars 2018

[1] directive 91/440/CEE « relative au développement de chemins de fer communautaires ».

[2] http://www.europe1.fr/economie/ouverture-du-rail-a-la-concurrence-ce-qui-attend-les-usagers-3585383

[3] http://www.sncf.com/sncv1/ressources/bcg-the_2015_european_railway_performance.pdf

Coup de gueule contre la privatisation de nos services publics : arnaque pour les Français et sabordage de l’intérêt général.

Si le démantèlement des services publics a commencé depuis une bonne trentaine d’années, le processus empire depuis l’arrivée de Macron au pouvoir, un inventaire à la Prévert qui n’en finit pas de s’allonger.

La Poste ressemble de moins en moins à un service public, est soumis à la concurrence et a pris la forme d’une société anonyme. Conséquence : les bureaux de poste ferment dans les petites villes, les campagnes, et le prix du timbre explose.

Les aéroports puisqu’après Toulouse, Lyon, Nice, voici venu le temps de la privatisation de l’aéroport d’Orly et de Charles De Gaulle, quelle cruelle ironie de l’histoire, et l’augmentation des taxes d’aéroports moins visibles car cachées dans le prix du billet d’avion.

N’oublions pas non plus la privatisation des autoroutes et la hausse des tarifs de péage qu’ont subies les Français alors que ces infrastructures ont été payées intégralement par les impôts de ces mêmes citoyens français.

Les fourrières avec ces 130 euros qui reviennent à des entreprises privées, le stationnement sur Paris contrôlé par des entreprises privées et le matraquage que les Parisiens subissent depuis le début de l’année.

Gaz De France vendue à Engie, une multinationale si mal gérée.

Privatisation en douce de la santé avec le remboursement de plus en plus partiel de médicaments et de soins par la sécurité sociale, des restes à charge de plus en plus élevés pour les Français et des mutuelles forcément de plus en plus chères.

Bientôt EDF sera aussi complètement privatisée et le prix de l’électricité s’envolera définitivement.

J’en oublie certainement, tant nombre de nos services publics ont été vendus aux intérêts privés.

Ces privatisations dépossèdent les Français de leurs services publics : ils doivent se résoudre à subir la loi d’entreprises privées aveugles à leur intérêt et obsédées comme il se doit par l’objectif simple de tirer le plus d’argent possible de leur monopole. Nous l’avons tous vécus pour les péages d’autoroute, nous le voyons moins pour les billets d’avion, demain nous le verrons pour le prix des billets de trains, de l’électricité et des soins médicaux.

Cette destruction des services publics a donc un coût financier pour les Français, elle a aussi un coût politique : l’intérêt général ne peut plus être correctement pris en compte. Que les petites communes, les petites villes et les campagnes meurent puisque notre France ne peut plus être aménagée, que les services publics y soient un par un détruits, peu importe à nos gouvernements. Peu importe apparemment que la réalisation d’une transition énergétique qui coûte plus de 1000 Milliards soit quasiment impossible à financer et à réaliser si seuls des groupes privés la financent et la mettent en œuvre. Peu importe qu’aucun grand dessein pour la Nation ne soit possible en l’absence d’un Etat stratège fédérateur.

Ce qui compte, c’est de complaire aux directives européennes qui requièrent pas à pas la mise en concurrence, la privatisation et donc la destruction de nos services publics.

Ce qui compte ce sont aussi les Aller-Retour de certains hauts fonctionnaires qui peuvent aller gagner des millions à la tête de ces anciens grands services publics, aujourd’hui privés voire côtés en bourse et ou pleuvent les Stock-Options.

Et pourtant, le préambule de notre Constitution est clair et net : « un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité ». Ainsi, la privatisation de la SNCF, d’EDF, des autoroutes, des aéroports, de la SNCF sont contraires à notre Constitution. Mais les gardiens du temple en ont jeté les clés. Il est temps que ceux qui aiment la France, reprennent les clés du pouvoir à cette petite clique uniquement intéressée par leur destin privé et leur patrimoine.