Le plan Castex, une béquille pour une jambe cassée

 

L’Union Européenne avait lancé dès mars 2020 la première étape du plan de relance à l’égard de son secteur préféré, la finance. Allez savoir pourquoi, 1000 milliards d’euros de monnaie publique sont créés par la BCE et apporter aux marchés financiers et aux spéculateurs professionnels afin de créer une bulle boursière au lieu de les mettre à disposition de l’économie réelle, de la transition écologique et de beaux projets économique pour l’Europe. Ceci est révélateur des véritables priorités de Bruxelles.

Le « plan ».

Le plan de Castex pour l’économie a été annoncé. Ce plan de relance ressemble plutôt à une béquille pour une jambe cassée. Doté de 100 milliards selon le 1er ministre, il est trop petit, trop saupoudré et trop étalé dans le temps. L’argent ne pourrait parfois arriver qu’en … 2024.

Pour faire simple, il contient 20 milliards de baisse d’impôt pour les entreprises qui ne sont pas une relance ayant un effet entraînement mais une énième baisse d’impôt et 30 milliards d’aides diverses. Enfin, 50 milliards d’euros maximum d’argent pour l’investissement sont saupoudrés sur nombre de secteurs et arriveront parfois en 2024. Il n’y a donc aucun effet d’entraînement sur un secteur d’avenir en particulier ni effet concentré dans le temps. Il y a un nouveau commissariat au Plan mais il n’y a ni Etat stratège, ni plan.

Etant lié à des marchés publics non réservables aux entreprises françaises du fait des règles européennes, ces 50 milliards d’euros pourraient être donnés à des entreprises étrangères.

Comme Bruxelles impose « en compensation » du plan européen des réformes négatives pour les français comme la réforme des retraites pourtant honnie, la confiance ne sera pas au rendez-vous. Ce nouveau coup bas pour les français amoindrira l’effet de la relance.

Cette béquille sur l’économie française appelée plan de relance va donc à peine amortir la crise, sans probablement empêcher le licenciement de 800.000 salariés prévus par les économistes. Nous devrons attendre notre salut de la relance de l’économie américaine et de la bulle en développement sur les marchés financiers, qui amènera les plus riches, prions braves gens, à réaliser des dépenses somptuaires ruisselant vers le peuple français.

 

Piégés dans le déclin économique par l’Union Européenne.

L’économie française va mal, très mal avec sa plus forte récession depuis la guerre. Pire, il est aujourd’hui impossible de relancer notre économie sans faire fuiter l’argent de la relance dans le monde entier. En effet, les règles européennes interdisent le patriotisme économique et imposent le libre échange et la concurrence mondiale en tout domaine.

Nous sommes donc piégés et englués dans le déclin économique.

En conséquence, le gouvernement n’essaie finalement que de régler un vieux problème : l’euro a causé un déficit de compétitivité des entreprises françaises qui se lit dans la balance commerciale (différence de compétitivité prix de 20% par rapport aux entreprises allemandes par exemple). Le gouvernement choisit de subventionner les entreprises de 50 milliards sur quelques années pour améliorer temporairement leur compétitivité de 2 à 3%. Un retour au franc et une dévaluation de 25% par rapport à la monnaie allemande aurait eu un effet 8 fois plus important et sans gaspillage d’argent public.

Ce qu’il faut faire pour éviter l’asphyxie de l’économie française.

Les entreprises françaises n’ont pas besoin de béquilles et d’argent public par dizaines de milliards d’euros pour fonctionner. Elles ont juste besoin de savoir que la croissance sera sur quelques mois imposée par l’Etat à l’économie française à coup de dizaines de milliards de commandes publiques nécessaires malgré toutes les peurs et angoisses individuelles. L’Etat doit juste donner l’impulsion positive qui manque pour faire repartir l’économie dans un cercle vertueux. Les entreprises prendront ensuite le relai avec la confiance retrouvée. Ainsi, les emplois et les investissements ne seront pas supprimés, causant une spirale négative dommageable.

La première mesure est de sortir de l’euro ce qui dévaluera inévitablement notre monnaie, rendant les entreprises françaises compétitives, sans argent public. Cette sortie de l’euro ne prend que quelques semaines et est indolore. Une première impulsion avec de multiples effets d’entrainement est ainsi donnée par la hausse des exportations et la baisse des importations.

La deuxième mesure urgente est de réserver aux entreprises françaises nos marchés publics payés par le contribuable comme tous les pays normaux, n’appartenant pas à l’Union Européenne. L’abandon des règles européennes d’appel offre trop lourdes et contraignantes donnera de l’agilité à l’Etat. Cela ne prendra que quelques semaines mais signifie notre sortie à terme de l’Union Européenne.

Un plan de relance, qui plus est écologique, sera alors efficace car les investissements seront réservés aux entreprises françaises, concentrés et rapidement mis en place. Ces investissements doivent être ciblés sur quelques secteurs stratégiques afin de développer nos filières françaises.

Avec un tel plan, il n’y aura pas de démantèlement des retraites, de mesures anti sociales et de gaspillage d’argent public. Il n’y aura qu’un plan économique efficace pour les français et les entreprises nationales.

Le choix donné aux Français est simple : l’euro, l’union européenne et l’asphyxie ou le frexit et la renaissance.

 

 

Pour se passer des énergies fossiles, utiliser une énergie propre, une seule solution : l’économie hydrogène

L’hydrogène et le mur de la transition énergétique allemande

L’Allemagne ayant rempli sa besace d’électricités renouvelables, éoliennes et panneaux solaires, est confrontée au mur de sa transition énergétique : ces énergies intermittentes ne produisent que la moitié du temps, quand le soleil ou le vent sont de sortie, et sont souvent indisponibles lorsque le consommateur tire de l’électricité. C’est pour cela qu’une énième centrale électrique à charbon a été mise en service le 30 mai à Datteln : l’Allemagne a besoin d’électricité même quand il n’y a ni vent ni soleil. L’Allemagne est quoi qu’il en soit obligé aujourd’hui de commencer à stocker ces électricités intermittentes difficiles à utiliser. L’hydrogène produite par passage de l’électricité dans l’eau, est la seule solution valable de stockage aujourd’hui (stocker 2 jours d’électricité en France nécessite selon l’Académie des Sciences 7 années de production mondiale de lithium).

En 2019, l’Allemagne a déjà commandé 27 locomotives Alstom, marque française, à hydrogène : l’hydrogène contenu dans le réservoir, l’essence de demain, est transformé en électricité actionnant un moteur électrique. Ces trains sont très utiles sur les voies non électrifiées et remplacent avantageusement les trains Diesel. Des voitures à hydrogène de série, des bus à hydrogène existent. Demain, des avions à hydrogène pourront sans doute voler comme le signalait hier le groupement des industries aéronautiques et spatiales français. Un mode de transport propre et sans émission de CO2 qui risque de révolutionner les économies du monde développé.

Un grand plan hydrogène pour l’Allemagne, où est l’Etat stratège français ?

Madame Merkel vient de décider de lancer un grand plan de support à la filière hydrogène de 9 milliards d’euros pour développer cette filière écologique dans les transports. Elle veut que l’Allemagne devienne le leader de l’économie hydrogène, trois ans après le Japon et un an après la Chine. Cette utilisation de l’Etat stratège pour relancer l’économie allemande avec un fort programme écologique est évidemment excellente quand la crise du Covid nécessite d’accélérer les investissements et la croissance.

Où est l’Etat stratège français, un exemple pour le monde avec, par exemple, le plan nucléaire qui nous a permis d’avoir depuis 30 ans une énergie sans CO2 représentant la moitié de la consommation énergétique française à un prix très faible ? Il est malheureusement pour nous dans les limbes, dilué dans le vide de la pensée stratégique néolibérale.

Les atouts de la France et les appels des industriels français ne manquent pas en la matière. Air Liquide est le leader mondial des gaz industriels et piaffe d’impatience de développer la filière hydrogène. Alstom a développé le premier train à hydrogène et pile à combustible du monde, en exploitation aujourd’hui, en Allemagne ! Carlos Tavares de Peugeot a déclaré que les voitures à hydrogène sont plus prometteuses que les voitures électriques[1]. Des entreprises françaises sont prêtes à produire de l’hydrogène par électrolyse de l’eau, carburant produit avec une électricité

 

sans CO2. Il ne manque que l’impulsion forte de l’Etat stratège pour engager la filière pour de très longues années de forte croissance. L’hydrogène a en effet des atouts qui le rendent très supérieur au tout électrique : stockage de l’électricité renouvelable, remplissage d’un réservoir en 3 minutes dans une station service, l’hydrogène propre est d’ores et déjà moins cher que l’essence taxée ; il ne nécessite pas de déploiement de millions de bornes électriques coûteuses sur les trottoirs et ne pose pas de problèmes de recharge ou de surtension du réseau électrique sur les routes des vacances quand 100.000 utilisateurs veulent recharger leur batterie.

La France est en capacité de produire dès aujourd’hui beaucoup d’hydrogène propre : il suffit de le fabriquer par électrolyse de l’eau après avoir fait tourner nos centrales nucléaires, sous-utilisées, à pleine capacité. On remarquera que fermer la centrale de Fessenheim dans ces conditions est une absurdité, un bonbon jeté à EELV aux dépens de l’économie et de l’écologie de la France. La production d’hydrogène permettra d’absorber l’intermittence des productions d’énergies renouvelables si cette voie est privilégiée.

A court et moyen terme, la France doit relancer son économie et ses secteurs d’avenir

Pour la relance de notre économie en dépression de 11% cette année, pour la relance de l’emploi et notre repositionnement dans la course technologique, il est fondamental que la France lance un grand plan hydrogène avec des commandes fermes à nos industriels sur plusieurs années. L’Allemagne est trop timide. Ce plan nécessite plus de 9 milliards d’euros pour être un réel atout de poids. Cela passe par le remplacement dans les années à venir de toutes les locomotives diesel de la SNCF par des locomotives propres à hydrogène, par un travail avec Peugeot et Renault pour lancer rapidement des modèles hydrogène et le lancement rapide d’usines d’électrolyseurs. Toute une filière économique et écologique d’excellence peut être poussée en avant avec de fortes créations d’emplois à valeur ajoutée en France. Elle est nécessaire pour notre avenir, elle est nécessaire pour relancer la croissance. Tous les détails d’un tel plan stratégique sont dévoilés dans la partie énergie du livre « Comment réaliser la transition écologique, un défi passionnant » sorti le 9 Juin.

Structurer et donner une poussée à cette filière serait pour la France un grand pas pour l’économie et un grand pas pour l’écologie. Ce serait un véritable espoir pour notre pays paralysé par la peur du décrochage stratégique. Macron l’entendra-t-il ?

 

 

[1] Carlos Tavares le patron de Peugeot déclarait fin 2018 à propos de l’électrique « Le monde est fou. Le fait que les autorités nous ordonnent d’aller dans une direction technologique, celle du véhicule électrique, est un gros tournant… Toute cette agitation, tout ce chaos, va se retourner contre nous parce que nous aurons pris de mauvaises décisions dans des contextes émotionnels ». Sur l’hydrogène, il déclarait : « C’est une technologie qui nous intéresse vraiment ». « Je peux vous annoncer qu’en 2021 nous allons faire les premiers tests grandeurs nature de vente de véhicules à hydrogène du groupe PSA ». « Les premiers résultats sont très prometteurs donc nous pensons que cette technologie a de l’avenir… ».

Fermeture de 14 réacteurs nucléaires français, un gâchis financier, humain et climatique.

Fermeture de 14 réacteurs nucléaires français, un gâchis financier, humain et climatique.

Un décret du gouvernement du 23 avril, passé inaperçu dans cette période d’épidémie, grave dans le marbre la fermeture de 14 réacteurs nucléaires pour les 15 années à venir[1].

Un terrible gâchis climatique, financier et humain.

Ces 14 réacteurs représentent le quart du parc nucléaire français. Les centrales nucléaires, décriées par les écologistes, ont pourtant rendu un sacré service au climat en économisant depuis 40 ans de gigantesques quantités d’émission de CO2. Elles rendent aussi un service important à l’emploi et à l’économie française puisque la filière nucléaire emploie 250.000 personnes. Le gâchis financier qui résulterait de leur mise à la casse est lui aussi énorme, la construction des centrales françaises ayant coûté 96 milliards d’euros selon la Cour des Comptes.

Mettre à la casse de telles unités de production d’électricité, avant leur fin programmée, est un gâchis : gâchis d’argent par dizaines de milliards d’euros, gâchis d’emplois bien rémunérés, gâchis dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Nous n’avons pourtant aucun chemin pour produire de l’électricité en émettant moins de CO2. En effet, stocker les énergies éoliennes et solaires, intermittentes par nature, avec des batteries est irréaliste. L’académie des Sciences a publié en 2017 une étude rappelant que pour stocker 2 jours de besoins électriques d’hiver pour la France, il faut 15 millions de tonnes de batterie contenant 300.000 tonnes de lithium soit 7 fois la production mondiale actuelle de lithium[2]. La façon la plus propre pour remplacer l’électricité des 14 réacteurs est donc de produire de l’électricité avec des énergies renouvelables éoliennes et solaires complétées par des centrales au gaz lorsqu’il n’y a pas assez de vent ou de soleil, la nuit par exemple. Dans le meilleur des cas, à cause des périodes sans vent ou sans luminosité, les éoliennes et les panneaux solaires produiraient 35% de la production d’électricité avec peu d’émission de CO2 et des centrales au gaz complémentaires 65% avec beaucoup d’émission de CO2[3]. Le calcul, simple, montre que ces 14 réacteurs émettent 30 fois moins de CO2 que le couple énergies renouvelables et gaz[4] nécessaire pour les remplacer.

Si on réalise le programme d’Europe Ecologie les Verts, le remplacement de toutes les centrales nucléaires par des énergies renouvelables et des centrales au gaz, les émissions de CO2 de la France augmenteraient de 121 millions de tonnes de CO2. Ces calculs montrent toute l’absurdité d’un tel projet : chaque année, la France rejetterait 40% de CO2 en plus dans l’atmosphère qu’elle n’en rejette aujourd’hui !

Le nucléaire a économisé l’équivalent de 22 ans de rejets de CO2 d’un pays comme la France.

Le nucléaire a beau être brocardé par les « verts », il émet nettement moins de CO2 que l’électricité renouvelable intermittente, obligatoirement complétée par des centrales fossiles. Ce n’est pas pour rien que le champion des énergies renouvelables, l’Allemagne, a ouvert nombre de centrales au gaz (et même au charbon) ces dernières années. Ce pays démarrera d’ailleurs en 2020 une énième centrale… au charbon[5] !

De 1977 à aujourd’hui, les centrales nucléaires françaises ont économisé 22 ans de rejets de CO2 d’un pays comme la France d’aujourd’hui ou 9 ans de rejets de CO2 d’un pays comme l’Allemagne [6].

Le nucléaire permet à la France d’être le grand pays industrialisé le plus économe en CO2 : le français moyen émet selon la Banque Mondiale 4,6 tonnes de CO2 par an quand le terrien moyen en émet 5 tonnes par an, l’Allemand 8,9 tonnes par an.

Produire massivement de l’hydrogène, l’essence de demain.

Le nucléaire est donc nécessaire à une production d’électricité avec le minimum d’émission de CO2. Faut il en déduire que les éoliennes et les panneaux solaires ne peuvent servir à rien ? Assurément non.

Un pays comme la France, ayant une électricité rejetant très peu de CO2, peut installer des éoliennes et des panneaux solaires en nombre. L’électricité produite sera utilisée pour produire sans émission de CO2 de l’hydrogène dans des électrolyseurs[7]. Cerise sur le gâteau pour la France, les centrales nucléaires ne produisent pas toujours à plein régime. Il est possible et très rentable de se servir de cette production d’électricité supplémentaire à coût quasi nul pour produire encore plus d’hydrogène propre.

Cet hydrogène propre est produit à un coût acceptable et coute moins cher que l’essence si on ne lui met pas sur le dos les taxes excessives sur le carburant. L’hydrogène est bien l’essence de demain.

Il existe déjà des trains à hydrogène Alstom permettant de remplacer les trains au Diesel. Bizarrement, ce train roule en Allemagne. La SNCF va cependant commander 17 trains Alstom à hydrogène[8]. En utilisant cette technologie, nous pourrons remplacer les bus diesel par des bus à hydrogène en ville, allégeant du coût l’émission de particules fines. Les infrastructures hydrogène se développant, nous pourrons, dans une dizaine d’années, passer aux camions à hydrogène, aux voitures à hydrogène (3 voitures de série existent déjà et Paris compte 100 taxis à hydrogène et bientôt 600[9]). Dans un jour lointain, l’avion à hydrogène et le bateau à hydrogène sont un développement tout à fait réaliste.

Le système de transport peut donc à terme se passer d’énergie fossile.

Voilà pourquoi, la fermeture de Fessenheim et la fermeture programmée de nombre de centrales nucléaires françaises est une erreur fatale dans la transition énergétique : c’est un gâchis terrible dans la lutte contre le réchauffement climatique, un gâchis financier et un gâchis humain. Une très mauvaise décision de nos gouvernements qui n’ont malheureusement pas de stratégie réaliste et pragmatique pour que la France se passe à terme des énergies fossiles.

Le sujet de la transition énergétique et tous les autres sujets de la transition écologique sont développés dans un livre à paraître en mai : « Comment réaliser la transition écologique, un défi passionnant »[10].

[1] « La France adopte finalement sa feuille de route énergétique » https://www.latribune.fr/entreprises-finance/transitions-ecologiques/nucleaire-photovoltaique-la-france-adopte-finalement-sa-feuille-de-route-energetique-845962.html

 

[2] « La question de la transition énergétique est elle bien posée dans les débats actuels ? » https://www.academie-sciences.fr/pdf/rapport/lpdv_190417.pdf

[3] En France, une éolienne produit à plein régime l’équivalent de 2000 heures par an, un panneau photovoltaïque produit à plein régime l’équivalent de 1100 heures par an. En additionnant les deux, ce qui est simpliste mais donne le résultat le plus favorable pour les énergies renouvelables, nous arrivons à 3100 heures par an soit 35% du temps. Le calcul réel est complexe, tient compte de la courbe réelle de consommation nationale d’électricité et de production heure par heure des énergies renouvelables, de la présence de vents et de soleil au niveau local quand il ne l’est pas au niveau national mais les ordres de grandeur sont acceptables.

[4] La production des 14 réacteurs est de 95 milliards de kilowatts-heure d’électricité par an. Chaque réacteur émet 12 grammes de CO2 par kilowatt-heure produit. Ces 14 réacteurs émettent donc chaque année 4,56 millions de tonnes de CO2 (Calcul : 95*109*12/1012=1,14).

Une centrale au gaz émet 490 grammes de CO2 par kilowatt-heure produit quand le couple éolienne et solaire émet en moyenne 30 grammes de CO2 par kilowatt-heure produit. Le couple énergie renouvelable centrale au gaz émettra donc chaque année 31,25 millions de tonnes de CO2 (Calcul : 65%*(380*109*490/1012)+35%*(380*109*30/1012)=31,25). Pour remplacer l’ensemble du parc nucléaire français, le même calcul aboutit à un surplus de 125 millions de tonnes de CO2 émis.

[5] « L’Allemagne va mettre en service une toute nouvelle centrale à charbon en 2020 » https://www.bfmtv.com/economie/l-allemagne-va-mettre-en-service-une-toute-nouvelle-centrale-a-charbon-en-2020-1799343.html

[6] La production nucléaire de la France depuis 1977 est de 14 000 milliards de kilowatts heure. En les remplaçant par des centrales au gaz, puisque les énergies renouvelables n’existent que récemment, l’économie est environ de 6700 millions de tonnes de CO2 (Calcul : 14000*109*(490-12)/ 1012=6692). La France a émis environ 300 millions de tonnes de CO2 en 2019 (source Banque Mondiale). L’Allemagne a émis environ 700 millions de tonnes de CO2 en 2019 (source Banque Mondiale).

[7] Lire par exemple « H2V prêt à déployer ses deux usines d’hydrogène vert » https://www.lesechos.fr/pme-regions/actualite-pme/h2v-pret-a-deployer-ses-deux-usines-dhydrogene-vert-993002

[8] A qui va profiter la future commande de 15 trains à hydrogène par la SNCF https://www.usinenouvelle.com/article/a-qui-va-profiter-la-future-commande-de-quinze-trains-a-hydrogene-par-la-sncf.N878830

[9] Et maintenant, les taxis à l’hydrogène http://www.leparisien.fr/info-paris-ile-de-france-oise/transports/et-maintenant-les-taxis-a-l-hydrogene-24-02-2019-8019378.php

[10] Edition Jean-Cyrille Godefroy

Demi-mesures sanitaires et économiques : en finir avec la recette vers le K.O.

 

La crise économique qui s’annonce découle évidemment de la crise sanitaire, de sa puissance, de sa nature et de sa durée. Nous ne pouvons donc parler de la puissance de la crise économique à venir (une baisse du PIB sur un mois de 50% ?) sans parler de la crise sanitaire. Ce qui s’est passé dans les autres pays préalablement touchés ayant réussi à relever le défi de la crise sanitaire, nous éclairera.

Il y a 3 lignes successives de défense pour un pays dans ce type d’épidémie :

. La phase 1 où il s’agit d’empêcher les porteurs de virus de rentrer sur le territoire. Taïwan a pour l’instant partiellement gagné cette bataille et n’a que 107 cas de Coronavirus actifs sur son territoire malgré des échanges économiques intenses avec la Chine. Pour empêcher le virus d’arriver de l’empire du milieu, Taïwan a interdit le séjour aux citoyens chinois et mis en place un système de quarantaine très strict pour ceux qui s’étaient rendus dans les provinces chinoises touchées, étendues plus tard aux autres pays touchés. Taïwan produit aujourd’hui 10 millions de masques par jour au profit de sa population qui peut ainsi se protéger. Grâce à ces mesures, le pays n’a pas eu besoin de confiner sa population. Les vies ont été sauvées. Le coût économique est très faible. Attention : la généralisation de l’épidémie à l’ensemble du monde va demander à Taïwan une vigilance et un combat renouvelé pour ne pas laisser entrer le virus. D’autres pays d’Asie gagnent cette bataille avec des mesures strictes. On pense à Singapour, Hongkong, au Vietnam etc.

Coincée par son idéologie « mondialiste » (les frontières doivent rester ouvertes, l’inverse serait se placer dans le camp des fachos), le gouvernement français a perdu la première bataille : il a laissé entrer le virus.

. Dans la phase 2, le virus est entré et quelques grappes de malades, quelques chaines de contamination, commencent à se développer. Une dernière chance de détruire rapidement et sans trop de dégâts l’épidémie en développement s’offre aux autorités. La Corée du Sud a réussi pour le moment à gagner la bataille de la phase 2. Son arme : réaliser 20.000 tests par jour en toute sécurité dans des « Drive In », rapidement (5 minutes), avec envoi du résultat par SMS. Les Sud-Coréens sortent rarement de chez eux sans porter de masque facial, et de nombreux bâtiments affichent des panneaux indiquant « Pas de masque, pas d’entrée »[1]. La Corée du Sud semble gagner la dernière bataille avant le confinement : malgré le nombre important de coréens contaminé (8.000 personnes), le nombre de contaminés quotidiens est descendu à 100 cas par jour quand des pays au même stade voient le nombre augmenter de 2000 cas par jour. Les vies sont pour l’instant sauvées. Il est possible que la Corée du Sud arrive ainsi à contrôler définitivement l’épidémie.

. Dans la phase 3, le virus est entré et s’est largement répandu. C’est le cas des Etats-Unis et des pays européens comme l’Italie, l’Espagne, la France, l’Allemagne etc. Il ne reste plus que le confinement général pour stopper le virus. Sinon, c’est la contamination d’au moins la moitié de la population comme le disait le ministre Blanquer dimanche[2] : en utilisant les statistiques chinoises, on peut évaluer à 5% les malades finissant en état critique (1,6 millions de français) et ayant peu d’accès aux lits de réanimation débordés. Le nombre de morts serait terrifiant, inacceptable pour la population, plus encore au vu du succès connu par la Chine. Les lendemains seraient dangereux.

Il y a un vrai motif d’espoir. La province de Wuhan (Hubei) où est situé l’épicentre de la maladie a gagné cette bataille : il y eut 60.000 personnes touchées par la maladie, il n’y en a plus que 6.000 aujourd’hui, tous confinés par l’Etat ou à l’hôpital. Il n’y aurait eu aucun nouveau contaminé depuis quelques jours. Selon les dernières informations, la gare de Wuhan va rouvrir. L’activité économique reprend en Chine. Un médecin français, chef de l’hôpital international de Wuhan, le médecin français Philippe Klein, ayant participé à la bataille dans une clinique internationale de Wuhan raconte dans une courte vidéo envoyée de Chine les mesures qu’il a fallu prendre[3]. Dès le début, le confinement à Wuhan était un cran plus sévère qu’en Italie et qu’en France : les transports publics, les entreprises étaient arrêtés à l’exception des services essentiels. Les Chinois pouvaient sortir pour faire leurs courses. Malgré cela, 3 semaines plus tard, l’épidémie continuait à progresser. C’est à ce moment là que 2 mesures ont permis de gagner la bataille. Les habitants ont été complètement confinés chez eux. Ils étaient obligés de rester dans leurs appartements et leurs courses étaient livrées à domicile. Toute une chaîne logistique était organisée pour les fournir en nourriture. L’autre mesure était de tester à grande échelle toutes les personnes ayant les symptômes du Coronavirus (Tests PCR, tests cliniques, tests scannographiques). Pour qu’ils n’infectent pas leur entourage, ils étaient isolés dans des stades, situation terrible. Le nombre de nouveaux contaminés s’est effondré très vite. Un mois plus tard, un succès total est au rendez-vous : il n’y aurait plus de nouveaux contaminés à Wuhan et il ne reste que 6.000 malades, chiffre qui baisse de 1000 à 2000 unités par jour.

Le docteur Philippe Klein finit par un appel poignant : «  J’ai la conviction intime pour avoir vécu dans ma chair toute cette crise sanitaire ici à Wuhan que toute mesure moins performante que celles appliquées en Chine entraîneront un plus grand nombre de morts et des conséquences économiques désastreuses dues à une épidémie plus longue dans le temps ».

L’Italie est en avance d’une dizaine de jours sur la France en termes épidémiques. Plus de 47.000 italiens sont aujourd’hui infectés et le nombre de nouveaux contaminés continue à croître presque chaque jour (6.000 de plus aujourd’hui). Les médecins chinois ayant connu la bataille de Wuhan et arrivés en Italie il y a quelques jours recommandaient hier de durcir les mesures de confinement. Après avoir tergiversé, le gouvernement Macron a pris des mesures de confinement similaires à celles prise 8 jours plus tôt par le gouvernement italien. Les résultats des mesures sont faibles en Italie, on peut facilement deviner qu’ils ne seront pas meilleurs en France, même dans 10 jours. La réponse graduelle ne marche pas face à une épidémie qui croît à une vitesse exponentielle. Il faut frapper vite et fort.

Dans une guerre contre le virus, il faut aussi une économie de guerre.

Pour cela, il faut tout donner à l’hôpital, aux médecins et infirmières pour qu’ils sauvent le maximum de vies. Augmenter leur rémunération pour leur demander pardon pour le saccage subi depuis des années et montrer notre reconnaissance pour leur sacrifice est un préalable. Leur donner autant d’argent que nécessaire pour acheter des respirateurs, des gels hydro alcooliques, des masques protecteurs, des tests et tout ce qu’il faut pour sauver nos vies. Il faut aussi tout faire pour produire, comme en économie de guerre, des masques, des respirateurs, tous les appareils de soin et de tests nécessaires. La recherche sur les traitements et vaccins devra être

grandement accélérée, dès maintenant. Les masques doivent être donnés par ordre de priorité aux activités les plus essentielles pour la Nation aujourd’hui, celles qui doivent rester ouverte : la santé, l’alimentaire, la logistique essentielle et les services régaliens pour assurer l’ordre. Il faut protéger tous ceux qui travaillent : pour ceux qui ne pourraient pas avoir de masques à cause des lacunes de l’Etat, des masques de fortune qui protègent un peu les porteurs et beaucoup les autres sont facilement réalisables comme l’ont montré des médecins.

Si nous faisons un tel effort, ce n’est pas pour le ruiner immédiatement par une contamination venue de l’extérieur. Pour la circulation des personnes, les frontières doivent être fortement contrôlées, voire fermées avec tous les pays touchés par l’épidémie. Seuls les personnes absolument utiles à la bataille doivent pouvoir entrer (camionneurs espagnols porteurs du masque de protection pour amener des fruits et légumes…). Qui voudrait d’ailleurs venir dans une France confinée et contaminée ? En nous protégeant, nous protégeons les autres.

Voilà pour la partie sanitaire, guère réjouissante. Les mesures trop faibles prises à chaque étape par le gouvernement français sont dues à l’idéologie (non fermeture des frontières aux Chinois au début de l’épidémie) et parfois à la peur de dégâts économiques trop importants. Le gouvernement se trompe, nous pouvons empêcher une détérioration de notre économie.

De coûts faibles au départ si des mesures de type Taïwan ou Corée du Sud avaient été prises, les coûts économiques du confinement peuvent sembler considérables aux naïfs. En effet, le pays étant mis à l’arrêt, le coût économique du confinement sera très élevé. Pour un pays comme la France, la moitié du PIB mensuel pourrait être perdue pour un mois de confinement soit un coût de 100 milliards d’euros. Nous verrons que ce coût est gérable si la seule entité aux épaules assez large le prend à son compte : l’Etat.

En effet, la seule chose qui serait irréparable serait la destruction des entreprises, organisations humaines de production et/ou de leurs salariés. Tout doit être fait pour préserver nos entreprises, nos unités de production, ressources vitales pour les chefs d’entreprise et les salariés et tout doit être fait pour préserver les salariés. L’unité nationale pour répondre à cette crise nécessite la justice.

Tout le reste est gérable.

Concernant les entreprises et les commerces dont l’activité sera arrêtée : pendant la durée du confinement, la survie de tous nécessite un non paiement des impôts, un paiement total des salaires et des charges sociales par la puissance publique pour ces entreprises à l’arrêt. Pour les entreprises entièrement ouvertes (alimentaire et pharmacie), le problème ne se pose pas ou peu. Pour celles peu nombreuses dont l’activité est partiellement paralysée (essentiellement la logistique, l’électricité, les télécoms, les médias…) un équilibre doit être trouvé entre une aide totale et une aide nulle afin que ces entreprises vivent. A Bercy de plancher et vite sur le bon ratio. Enfin, un report des remboursements des emprunts et des intérêts dus aux banques est nécessaire pour laisser vivre les entreprises partiellement ou totalement arrêtées. La Banque Centrale compensera le coût subi les banques du report des remboursements des emprunts et des intérêts.

C’est à ce prix que nous empêcherons la destruction de notre organisation économique. Si de grosses entreprises cotées en bourse ou non sont, malgré toutes ces aides, confrontées à des difficultés insolubles dues à des risques très élevés pris précédemment, l’Etat devra les sauver en prenant des parts dans le capital. Cela s’appelle en bon français des nationalisations partielles. Les actionnaires sont rémunérés pour les risques pris nous dit-on, l’Etat, lui, n’est pas un gogo qui doit socialiser les pertes et assurer la privatisation des bénéfices.

Ce n’est pas la bourse et le patrimoine instantané des millionnaires et milliardaires qu’il faut assurer, ce sont les organisations humaines qui sont nécessaires à la Nation. La Banque Centrale Européenne a annoncé la semaine dernière utiliser sa planche à billet donc de « l’argent public européen » (ce mot a-t-il un sens ?) pour acheter 120 milliards d’euros puis 750 milliards d’euros de dettes publiques et de dettes privées aux investisseurs. C’est toujours la même erreur, la même faute : sauver la finance en premier quand il faut sauver l’économie réelle d’abord. Nous n’y pouvons rien, étant aujourd’hui coincés dans l’Union Européenne. Mais, il est nécessaire que l’Etat français prenne ses responsabilités et sauve l’économie française par le bout de l’économie réelle et non par le bout de la finance, en la favorisant encore et encore.

 

Il faut aussi sauver les salariés, les chefs d’entreprise, les indépendants, les intérimaires aux contrats arrêtés, les chômeurs qui sont confinés et ne peuvent travailler. Ils doivent avoir des ressources pour pouvoir vivre, payer leurs achats essentiels pendant cette crise. A Bercy de faire un calcul juste et de payer les salariés, les chefs d’entreprise et les indépendants : un salaire de 70-80% sera sans doute suffisant, les gens étant malheureusement confinés ; pour les plus pauvres dont les fins de mois sont très difficiles, ce sera 90%. Les chômeurs en fin de droit verront leurs allocations chômage prolongés. Evidemment, en échange des facilités prévues pour les entreprises, les licenciements seront interdits pendant cette période.

Les ménages doivent pouvoir payer leurs emprunts dont l’immobilier représente la plus grande part. Les échéances mensuelles peuvent être lourdes. La durée des prêts sera automatiquement reportée de la durée du confinement et les versements du mois annulés.

Tout ceci coutera cher, sans doute plus de 100 milliards d’euros mais empêchera la destruction de notre tissu économique qui coûterait plus cher encore et obscurcirait définitivement notre avenir. Bien sûr, si le gouvernement avait su empêcher l’arrivée du virus comme à Taïwan et Singapour, avait su empêcher la massification de la contamination comme en Corée du Sud aujourd’hui, le coût aurait été infiniment moindre. Il est trop tard pour le regretter. Il faut mener ensemble cette guerre contre l’ennemi invisible qu’est le Coronavirus.

Cet ennemi disparaîtra de notre pays en un ou deux mois. Pour qu’il ne revienne pas en franchissant les frontières avec des porteurs passant par des pays touchés, il faudra continuer à les contrôler fermement jusqu’à ce que la maladie soit terrassée par un vaccin. La circulation des personnes avec les pays encore touchés par l’épidémie ne pourra pas avoir lieu ou avec des quarantaines obligatoires assorties de tests du virus. L’affaire d’un an au minimum selon les spécialistes.

On le voit, les mesures sanitaires et économiques du gouvernement Macron ne vont pas dans ce sens. Confinement peu strict, injonctions paradoxales (Vous devez aller travailler, prendre les transports collectifs mais vous devez rester confinés), injonction aux entreprises non essentielles d’ouvrir, lois contre les salariés pour une durée indéterminée, non protection des secteurs régaliens de maintien de l’ordre et protection faible des médecins, pas de moyens massifs pour les hôpitaux, planification des productions de « guerre » contre le virus inexistante, frontières ouvertes, mensonges graves à répétition tout en demandant l’union nationale.

Cette gestion peut mener à une situation extrêmement dangereuse. La crise que nous vivons démontre que les dogmes du néolibéralisme, la volonté de rabaisser l’Etat et le sans-frontiérisme nous font courir de redoutables périls en plus d’injecter le poison de l’injustice, de la haine et du désordre dans notre pays. Ils ne doivent pas conduire la France au bord du chaos économique et sanitaire.

[1] Causeur : « Coronavirus: la Corée parvient à endiguer l’épidémie sans confinement » https://www.causeur.fr/coronavirus-italie-chine-coree-confinement-174036

[2] Le coronavirus touchera “probablement” la moitié des Français, selon Jean-Michel Blanquer https://www.europe1.fr/sante/le-coronavirus-touchera-probablement-la-moitie-des-francais-selon-jean-michel-blanquer-3955412

[3] Ce médecin explique dans le républicain lorrain toute la stratégie mise en place à Wuhan pour vaincre l’épidémie et appelle les Français à comprendre les enjeux terribles de cette épidémie foudroyante https://www.republicain-lorrain.fr/edition-metz-et-agglomeration/2020/03/20/l-appel-dechirant-du-medecin-mosellan-de-wuhan-aux-Français

Crise économique et crise sanitaire, le moyen de résoudre ces deux problèmes

La France risque d’entrer dans une phase de confinement général et c’est tant mieux, même si nous n’avons individuellement aucune envie de cette relative solitude ou de cette relative inaction qui s’imposera à nous pour 5 semaines. Collectivement, nous en avons besoin pour gagner cette guerre contre cet ennemi invisible qu’est le Coronavirus.

Notre gouvernement a perdu la bataille de la phase 1 : empêcher le virus d’entrer sur le territoire ou bien en quantité négligeable, rapidement détectée, cernée et traitée. Le virus n’a certes pas de passeport mais leurs porteurs, passés par la Chine puis par l’Iran, la Corée du Sud, l’Italie etc. ont un passeport. A coup de quarantaines imposées, d’interdiction d’entrée sur le territoire à ceux qui étaient passés en Chine dans les dernières semaines, de tests, Taïwan qui n’a que 29 malades déclarés, Hongkong 56 malades et Singapour 107 malades, ont pour le moment gagné cette bataille. Leurs liens et leurs échanges avec la Chine sont pourtant intenses.

Notre gouvernement a également perdu la phase 2 que la Corée du Sud semble en train de gagner. Ce pays a subi une soudaine poussée épidémique et compte aujourd’hui 8000 cas déclarés. Cependant, la progression du virus ralentit très fortement : le pays déclare seulement 100 nouveaux cas par jour depuis le 11 mars. Diverses mesures dont la multitude de tests effectués (de 10 à 20.000 tests par jour) ont permis au pays d’éviter la massification de la population, pour le moment au moins. La bataille était donc gagnable.

La crise aurait pu être évitée, tant sanitaire qu’économique mais le gouvernement français a, par inconséquences, impréparation, perdu la phase 1 et la phase 2 dont le coût en vie (et en argent) étaient faibles. L’absence de tests et de masques en nombre suffisant, le nombre de cas réels très élevés en France nous empêche de gagner aujourd’hui la phase 2.

Le gouvernement doit gagner la phase 3, empêcher la massification de l’épidémie. Le résultat d’une expansion forte de l’épidémie serait terrible : puisque 15% des contaminés finissent dans un état sévère et 5% dans un état critique, on pourrait manquer de respirateurs ce qui obligerait comme en Italie à choisir entre les gens qu’on laisse délibérément mourir et ceux qu’on essaie de sauver. Selon une note de 2009, il y aurait entre 5 et 10.000 respirateurs en France, appareils nécessaires pour traiter les cas critiques; peu d’informations filtrent sur nos capacités actuelles[1].

Le docteur Eric Caumes, chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital la Pitié Salpêtrière, a estimé le nombre de malades réels devant son ministre de la Santé Olivier Véran dans l’émission « La grande confrontation » : 100 fois plus que le nombre de contaminés recensés ce qui ferait 540.000 contaminés ce dimanche. La crise sanitaire est grave, très grave. Et les demi-mesures annoncées par Emmanuel Macron ne suffiront pas.

La France n’a pas le choix : elle doit confiner totalement la population pour empêcher l’épidémie de se répandre. Imaginez si Jean-Michel Blanquer, qui aurait bien fait de se taire, disait vrai ce dimanche : « le Coronavirus touchera probablement la moitié des français ». 33 millions de personnes seraient touchés et 1,65 million risqueraient d’être dans un état critique ! Comptez les morts, je n’ose pas vous le dire. Les français ne sont pas de la « chair à virus » : l’affirmation de Blanquer est une affirmation évidemment stupide, fait étrange pour un ministre de l’éducation. Il ne sert à rien d’être défaitiste sauf si nous souhaitons perdre cette guerre.

Il reste bien une ultime chance de gagner : le confinement total de la population. Arrêter économiquement la France pour sauver sa population, à l’exception des services essentiels, alimentaire, pharmacie et médecine, pour une durée minimum d’un mois. Se soigner et se nourrir. Si des entreprises peuvent s’adapter et continuer avec le télétravail ou avec des risques minimaux, (port de masques, désinfection adaptée…), ce sera tant mieux. Laissons les ouvrir avec des consignes strictes et vérifiées. Ces mesures arrêteront rapidement la propagation de l’épidémie à condition que les français puissent sortir faire leurs courses alimentaires avec des masques ou être livré chez eux pour leur alimentation. Les Chinois sont, semble-t-il, parvenus à stopper une épidémie galopante après une guerre totale de ce genre contre cet ennemi invisible. Un mois et demi plus tard, on constate que le bilan sanitaire est très limité. Evidemment, ces mesures ne doivent pas avoir la portée parfois violente de celles prises par le régime communiste chinois mais les dérives individualistes dangereuses pour tous doivent être fermement sanctionnées. Montrer à tous que seul le civisme, l’entraide et la solidarité entre frères humains sont permis. Les mesures doivent être comprises et acceptées par une population à qui l’on doit la vérité : le virus fera un nombre considérable de morts si on ne l’attaque pas de front. Les français l’accepteront si le gouvernement prend ces mesures efficaces pour tous et livre enfin une parole de vérité.

Dans une guerre, il faut aussi une économie de guerre.

Pour cela, il faut tout donner à l’hôpital, aux médecins et infirmières pour qu’ils sauvent le maximum de vies. Augmenter leur rémunération pour leur demander pardon pour le saccage subi depuis des années et montrer notre reconnaissance pour leur sacrifice est un préalable. Leur donner autant d’argent que nécessaire pour acheter des respirateurs, des gels hydro alcooliques, des masques protecteurs et tout ce qu’il faut pour sauver nos vies. Il faut aussi tout faire pour produire, comme en économie de guerre, des respirateurs et tous les appareils de soin nécessaires. La recherche sur les traitements et vaccins devra être grandement accélérée, dès maintenant.

Si nous faisons un tel effort, ce n’est pas pour le ruiner immédiatement par une contamination venue de l’extérieur. Pour la circulation des personnes, les frontières devront être fortement contrôlées, voire fermées avec tous les pays touchés par l’épidémie. Qui voudrait d’ailleurs venir dans une France confinée et contaminée ? En nous protégeant, nous protégeons les autres.

Arrêter fortement l’activité économique, le gagne pain des français, est difficile mais obligatoire pour gagner cette guerre. L’activité économique baissera de 50% au minimum, cela dépend de nombre de facteurs (nombre de masques réellement disponibles, application des mesures par les entreprises etc.). Les masques doivent être donnés par ordre de priorité aux activités économiques les plus importantes : la santé et l’alimentaire en premier.

Les entreprises feraient faillite en masse si on en restait là. Or, tout doit être fait pour préserver ces organisations humaines, à la fois unités de production et ressources vitales pour les salariés et les chefs d’entreprise.

Les mesures économiques annoncées par Emmanuel Macron jeudi soir vont dans le bon sens. En effet, toutes les entreprises doivent survivre à la période de confinement. Idem pour les ménages qui ne doivent pas être profondément affectés financièrement et faire par exemple défaut sur leurs divers crédits dont le plus gros, le crédit immobilier.

Pendant la période de confinement, le chômage partiel payé en partie par l’Etat est un bon début. Les salariés, les indépendants interdits de travailler doivent recevoir 70-80% de leurs revenus nets habituels pour que les ménages ne soient pas en difficulté. Les intérimaires dont le contrat est stoppé seront partiellement payés par l’Etat pendant le confinement. Les allocations financières aux chômeurs dont les indemnités arrivent à terme doivent être prorogées. Les remboursements des emprunts et des intérêts bancaires pourront être reportés de la même durée pour tous ceux dont les revenus ont été réduits de plus de 10%. La Banque Centrale compensera l’effort fait par les banques.

Concernant les entreprises et les commerces dont l’activité sera profondément affectée : la survie de tous nécessite un non paiement des charges sociales, un report des remboursements des emprunts et des intérêts, un paiement partiel voire total des salaires par la puissance publique. C’est à ce prix que nous empêcherons la destruction de notre organisation économique. Si de grosses entreprises cotées en bourse ou non sont, malgré toutes ces aides, confrontées à des difficultés insolubles dues à des risques trop élevés pris précédemment, l’Etat devra les sauver en prenant des parts dans le capital. Cela s’appelle en bon français des nationalisations partielles. Les actionnaires sont rémunérés pour les risques pris nous dit-on, l’Etat, lui, n’est pas un gogo qui doit socialiser les pertes et assurer la privatisation des bénéfices.

Ce n’est pas la bourse et le patrimoine des milliardaires et millionnaires qu’il faut assurer, ce sont les organisations humaines qui sont nécessaires à la Nation. La Banque Centrale Européenne a annoncée jeudi utiliser sa planche à billet donc de « l’argent public européen » (ce mot a-t-il un sens ?) pour acheter 120 milliards d’euros de dettes publiques et de dettes privées aux investisseurs. C’est toujours la même erreur, faute : sauver la finance en premier quand il faut sauver l’économie réelle d’abord. Nous n’y pouvons rien, étant coincés dans l’Union Européenne. Mais, il est nécessaire que l’Etat français prenne ses responsabilités et sauve l’économie française par le bout de l’économie réelle et non par la finance, en la favorisant encore et encore.

Tout ceci coutera cher, sans doute plus de 100 milliards d’euros mais une destruction de notre tissu économique couterait encore plus cher et obscurcirait définitivement notre avenir. Bien sûr, si le gouvernement avait su empêcher l’arrivée du virus comme à Taïwan et Singapour, avait su empêcher la massification de la contamination comme en Corée du Sud aujourd’hui, le coût aurait été infiniment moindre. Il est trop tard pour le regretter. Il faut mener ensemble cette guerre contre l’ennemi invisible qu’est le Coronavirus.

Cet ennemi disparaîtra de notre pays en un ou deux mois. Pour qu’il ne revienne pas en franchissant les frontières avec des porteurs passant par des pays touchés, il faudra continuer à les contrôler fermement jusqu’à ce que la maladie soit terrassée par un vaccin. L’affaire d’un an au minimum selon les spécialistes médicaux. Ce virus met décidemment la mondialisation et le néolibéralisme au supplice.

 

[1] Synthèse statistique : Recensement des respirateurs, lits et effectifs en unités de réanimation, unités de surveillance continue et salles de soins post-opératoires. http://www.snmrhp.org/Data/upload/images/1Copie%20de%20Enqute%20Ra-respirateurs%20juin%2009%20(S%20Mouton%2014%20aot%2009).pdf

La fermeture de Fessenheim et la fermeture programmée de nombre de centrales nucléaires françaises est une erreur fatale dans la transition énergétique : un gâchis financier, humain et climatique

Fermeture de la centrale de Fessenheim, un gâchis financier, humain et climatique.

La centrale nucléaire de Fessenheim, ayant fourni une grande quantité d’électricité sans émissions de CO2 durant 42 ans, arrêtera définitivement sa production demain, le samedi 22 février 2020. C’est un jour triste pour le climat, c’est aussi un jour triste pour l’autonomie énergétique de la France.

Cette centrale nucléaire comprenant deux réacteurs a commencé à produire de l’électricité en 1977. Elle produit bon an mal an 10 milliards de kilowatt-heure d’électricité, emploie directement 1100 personnes et son chiffre d’affaire peut être estimé à 1,4 milliards d’euros au prix de revente de l’électricité au consommateur.

Cette centrale a 42 ans, l’Autorité de Sureté nucléaire la juge sure. Sa durée de vie devait être prolongée à 60 ans après une remise à niveau mais certains hommes politiques en ont décidé autrement (Certaines centrales nucléaires américaines ont 50 ans et sont d’ores et déjà autorisées à produire jusqu’à 60 ans).

Mettre à la casse une telle unité de production d’électricité, 18 ans avant sa fin programmée, est un gâchis : gâchis d’argent puisque sa construction a coûté environ 3 milliards d’euros[1], gâchis de 2000 emplois directs et indirects[2], gâchis dans la lutte pour le réchauffement climatique.

Pourtant, la centrale de Fessenheim émet très peu de CO2 (seulement 12 grammes de CO2 par kilowatt-heure d’électricité produite). La façon la plus propre pour remplacer l’électricité de Fessenheim est de produire de l’électricité avec des énergies renouvelables éoliennes et solaires complétées par une centrale au gaz lorsqu’il n’y a pas assez de vent ou de soleil, la nuit par exemple. Dans le meilleur des cas, à cause des périodes sans vent ou sans luminosité, les éoliennes et les panneaux solaires produiraient 35% de la production d’électricité avec peu d’émission de CO2 et la centrale au gaz 65% avec beaucoup d’émission de CO2[3]. Le calcul, simple, montre que Fessenheim émet 30 fois moins de CO2 que le couple énergies renouvelables et gaz[4] nécessaire pour la remplacer.

Si on réalise le programme d’Europe Ecologie les Verts, le remplacement de toutes les centrales nucléaires par des énergies renouvelables et des centrales au gaz, cela augmenterait ainsi les émissions de CO2 de la France de 132 millions de tonnes de CO2[5]. Ces calculs montrent toute l’absurdité de ce projet : chaque année, la France rejetterait ainsi près de 40% de CO2 en plus dans l’atmosphère qu’elle n’en rejette aujourd’hui !

Le nucléaire est nécessaire à la lutte contre le réchauffement climatique

Le nucléaire a beau être brocardé par les « verts », il émet nettement moins de CO2 que le couple électricité renouvelable intermittente, obligatoirement complétée par des centrales fossiles. Ce n’est pas pour rien que le champion des énergies renouvelables, l’Allemagne, a ouvert nombre de centrales au gaz (et même au charbon) ces dernières années. Ce pays démarrera d’ailleurs en 2020 une énième centrale… au charbon[6] !

Les centrales nucléaires françaises ont économisé sur toute leur durée de vie 22 ans de rejets de CO2 d’un pays comme la France d’aujourd’hui, ou 9 ans de rejets de CO2 d’un pays comme l’Allemagne [7]! Un sacré service rendu au climat.

Le nucléaire permet à la France d’être le grand pays industrialisé le plus économe en CO2 : le français moyen émet selon la Banque Mondiale 4,6 tonnes de CO2 par an quand le terrien moyen en émet 5 tonnes par an, l’Allemand 8,9 tonnes par an.

Le nucléaire et les énergies renouvelables sont complémentaires

Le nucléaire est donc nécessaire à une production d’électricité avec le minimum d’émission de CO2. Faut il en déduire que les éoliennes et les panneaux solaires ne peuvent servir à rien ? Assurément non.

Un pays comme la France, ayant une électricité rejetant très peu de CO2, peut installer des éoliennes et des panneaux solaires en nombre. L’électricité produite sera utilisée pour produire sans émission de CO2 de l’hydrogène dans des électrolyseurs[8]. Cerise sur le gâteau pour la France, les centrales nucléaires ne produisent pas toujours à plein régime. Il est possible et très rentable de se servir de cette production d’électricité supplémentaire à coût quasi nul pour produire encore plus d’hydrogène propre.

Cet hydrogène propre est produit à un coût acceptable et coute moins cher que l’essence si on ne lui met pas sur le dos les taxes excessives sur le carburant. L’hydrogène est l’essence de demain.

Il existe déjà des trains à hydrogène Alstom permettant de remplacer les trains au Diesel. Bizarrement, ce train roule en Allemagne. La SNCF va cependant commander 17 trains Alstom à hydrogène[9]. En utilisant cette technologie, nous pourrons remplacer les bus diesel par des bus à hydrogène en ville, allégeant du coût l’émission de particules fines. Les infrastructures hydrogène se développant, nous pourrons, dans une dizaine d’années, passer aux camions à hydrogène, aux voitures à hydrogène (3 voitures de série existent déjà et Paris compte 100 taxis à hydrogène et bientôt 600[10]). Dans un jour lointain, l’avion à hydrogène et le bateau à hydrogène sont un développement tout à fait réaliste.

Le système de transport peut donc à terme se passer d’énergie fossile.

Voilà pourquoi, la fermeture de Fessenheim et la fermeture programmée de nombre de centrales nucléaires françaises est une erreur fatale dans la transition énergétique : c’est un gâchis terrible dans la lutte contre le réchauffement climatique, un gâchis financier et un gâchis humain. Une très mauvaise décision de nos gouvernements qui n’ont malheureusement pas de stratégie réaliste et pragmatique pour que la France se passe à terme des énergies fossiles.

Je développe en détail ce sujet de la transition énergétique et tous les autres sujets de la transition écologique dans un livre à paraître le 2 Avril « Comment réaliser la transition écologique, un défi passionnant »[11].

 

[1] Le coût de construction des centrales nucléaires d’EDF est estimé par la cour de Comptes à 96 milliards d’euros. Fessenheim représente 2 réacteurs sur 58 réacteurs nucléaires français. L’évaluation à la louche du coût de construction de Fessenheim est donc 3,3 milliards d’euros d’aujourd’hui (Calcul : 2/58*96=3,3)

[2] La fermeture de la centrale de Fessenheim affecterait 2000 emplois https://www.lefigaro.fr/flash-eco/2014/07/01/97002-20140701FILWWW00030-fermer-fessenheim-affecterait-2000-emplois.php

[3] En France, une éolienne produit environ 2000 heures par an quand un panneau photovoltaïque produit 1100 heures par an. En additionnant les deux, ce qui est simpliste mais donne le résultat le plus favorable pour les énergies renouvelables, nous arrivons à 3100 heures par an soit 35% du temps. Le calcul réel est complexe, tient compte de la courbe réelle de consommation nationale d’électricité et de production prévisible heure par heure des énergies renouvelables, de la présence de vents et de soleil au niveau local quand il ne l’est pas au niveau national mais les ordres de grandeur sont acceptables.

[4] La production de Fessenheim est de 10 milliards de kilowatt-heure d’électricité par an. Fessenheim émet 12 grammes de CO2 par kilowatt-heure produit. Fessenheim émet donc chaque année 0,12 millions de tonnes de CO2 (Calcul : 10*109*12/1012=0,12).

Une centrale au gaz émet 490 grammes de CO2 par kilowatt-heure produit quand le couple éolienne et solaire émet en moyenne 30 grammes de CO2 par kilowatt-heure produit. Le couple énergie renouvelable centrale au gaz émettra donc chaque année 3,3 millions de tonnes de CO2 (Calcul : 65%*(10*109*490/1012)+35%*(10*109*30/1012=3,29)

 

[5] La production d’électricité nucléaire totale en France, c’est 40 fois Fessenheim. Remplacer toutes les centrales nucléaires par des éoliennes, des panneaux solaires obligatoirement adjoints de centrale au gaz, c’est donc 132 millions de tonnes de CO2 émis en plus chaque année. (Calcul : 40*3,3=132)

 

[6] L’Allemagne mettra en service une toute nouvelle centrale à charbon en 2020 https://www.bfmtv.com/economie/l-allemagne-va-mettre-en-service-une-toute-nouvelle-centrale-a-charbon-en-2020-1799343.html

 

[7] La production nucléaire de la France depuis 1977 est de 14 000 milliards de kilowatts heure. En les remplaçant par des centrales au gaz, puisque les énergies renouvelables n’existent que récemment, l’économie est environ de 6700 millions de tonnes de CO2 (Calcul : 14000*1000000000*(490-12)/ 1012)=6692). La France a émis environ 300 millions de tonnes de CO2 en 2019 (source Banque Mondiale). L’Allemagne a émis environ 700 millions de tonnes de CO2 en 2019 (source Banque Mondiale).

 

[8] Lire par exemple H2V prêt à déployer ses deux usines d’hydrogène vert https://www.lesechos.fr/pme-regions/actualite-pme/h2v-pret-a-deployer-ses-deux-usines-dhydrogene-vert-993002

 

[9] A qui va profiter la future commande de 15 trains à hydrogène par la SNCF https://www.usinenouvelle.com/article/a-qui-va-profiter-la-future-commande-de-quinze-trains-a-hydrogene-par-la-sncf.N878830

[10] Et maintenant, les taxis à l’hydrogène http://www.leparisien.fr/info-paris-ile-de-france-oise/transports/et-maintenant-les-taxis-a-l-hydrogene-24-02-2019-8019378.php

[11] Edition Jean-Cyrille Godefroy

Salvini contre Union Européenne : comment l’Italie peut-elle gagner la guerre ?

 Le contexte de la guerre

Les élections européennes ont offert un joli score à la Ligue de Matteo Salvini. Cependant, du fait de l’affaiblissement de son allié, le parti M5S, le soutien à la coalition au pouvoir s’érode. Il reste encore raisonnable à 58% si on inclut le parti Frères d’Italie.

Matteo Salvini parle haut, il redonne de la fierté à son peuple en exaltant sa fibre patriotique. Il demande que l’on « s’occupe des nôtres avant les autres » et prend des mesures pour cela. Il a fortement réduit l’immigration clandestine comme le demandaient les Italiens même si le travail avait déjà commencé avant lui. L’immigration légale, essentiellement familiale, continue comme l’impose l’application des Directives Européennes.

Mais les Italiens ont aussi besoin de survivre et donc d’une économie en croissance. N’oublions pas que ce pays a connu depuis 2008 une baisse d’environ 10% de la richesse par habitant (PIB par habitant).

Or, la hausse des dépenses publiques décidées par la coalition au pouvoir en Italie en Décembre 2018 n’a pas suffi à empêcher l’Italie d’entrer en récession. L’économie italienne était et reste l’économie la plus faible des grands pays d’Europe. Cette faiblesse de l’économie, prévisible (cf article de Septembre 2018[1]), érode de façon logique le soutien à la coalition au pouvoir.

La stratégie économique de Salvini : stopper la récession en augmentant le déficit budgétaire

Dès lors, Salvini ne pouvant jouer sur les leviers multiples de l’Etat stratège pour relancer son économie (dévaluation légitime de sa monnaie, grands travaux, priorité au made in Italie dans les marchés publics et la consommation…) ne peut relancer l’économie italienne que par le déficit budgétaire. C’est ce qu’il a dit fin mai haut et fort : il veut relancer l’économie notamment en baissant les impôts avec une “flat tax”, c’est-à-dire un impôt à taux unique qui remplacerait le système actuel. “Nous avons besoin d’une cure de Trump, d’une cure d’Orban, d’un choc fiscal pour redémarrer le pays”, a t-il déclaré mardi 28 mai sur la radio lombarde RTL Italie.

Cela ne sera sans doute pas suffisant pour assurer une croissance forte mais Salvini n’a que cet outil dans les mains et il est obligé de l’utiliser pour empêcher le pays et lui avec de sombrer. Problème : le déficit budgétaire italien devrait atteindre 2,5% en 2019 et 3,5% en 2020 sans cette mesure à 20 Milliards d’euros.

Cette stratégie économique est en même temps une stratégie politique d’opposition à Bruxelles. La question que l’on se pose : est-ce une stratégie pour gagner du temps en soulageant l’économie italienne, une escarmouche pour faire porter la faute d’un futur échec à Bruxelles ou Salvini est-il décidé à démontrer par tous les moyens aux Italiens que : l’UE interdit la survie économique des Italiens, ne peut pas être changée et ultimement qu’il faut sortir à minima de l’euro, enfin qu’il le fera si nécessaire. Connaissant la sincérité des économistes et parlementaires à ses côtés, Bagnai et Borghi, on peut penser qu’il s’agit d’une stratégie politique d’opposition à Bruxelles pour in fine sortir de l’euro. Ira-t-il au bout de sa logique, personne ne le sait.

La « Constitution économique » de l’Union Européenne interdisant cette mesure pour un pays dont la dette est à 130% du PIB, la Commission Européenne a répliqué en lançant une procédure disciplinaire de déficit excessif qui se solderait par une amende de 3,5 milliards d’euros pour l’Italie. Une mesure revenant à attacher un boulet de plus à une Italie en difficulté.

La Bataille d’Italie est lancée.

La réplique de Salvini a fusé. Le Parlement italien a voté pour la possibilité de lancer et d’utiliser

une monnaie parallèle appelée miniBot : il s’agit de bons du trésor italien qui pourront être remis

aux entreprises comme paiement des arriérés de l’Etat. Imprimés ou sous forme électronique, ils pourront être échangés et seront en fait une monnaie parallèle. Jacques Sapir et d’autres ont très bien décrit ce qu’est cette monnaie et les mécanismes pour amplifier son utilisation dans l’économie italienne[2].

L’Union Européenne a réagi en disant qu’elle n’était pas pressée : la procédure de déficit excessif se languira jusqu’en 2020 au minimum.

Voici la trame de cette guerre politico-médiatique

Les Italiens ne sont aujourd’hui pas du tout prêts à sortir de l’euro malgré ses méfaits pour leur situation économique personnelle (Environ 40% trouvent que l’euro n’est pas une bonne chose. Le pourcentage de ceux qui veulent sortir est encore plus faible). Salvini n’a pas de choix simple pour sauver l’Italie.

Il doit agir rapidement pour relancer la croissance et ne pas couler dans les sondages, et en même temps montrer au peuple italien que l’UE est responsable de ses malheurs en l’obligeant à se positionner, à se dévoiler.

La possibilité d’émettre des miniBots est la bonne solution : cette monnaie parallèle lui permettra de réaliser la baisse d’impôts prévue, de relancer la croissance tout en entamant l’affrontement avec l’UE. Il doit frapper fort pour provoquer l’UE et l’obliger à dévoiler qu’elle refuse cette stratégie de survie économique offerte au peuple italien.

Inversement, l’UE doit faire la patiente, faire mine d’être gentille et de ne pas être un obstacle à la

survie économique des Italiens pour rejeter la faute sur Salvini en l’accusant d’irresponsabilité économique. En réalité, l’UE est prête à resserrer le nœud coulant sur l’économie italienne au fur et à mesure que cela est nécessaire, pour que le gouvernement italien échoue et soit remplacé par des européistes bon teint.

C’est la stratégie du boa : l’étranglement progressif. Le buffle italien y échappera-t-il ? Tout dépendra de son courage, de sa détermination, de son organisation et de sa rapidité d’exécution : en un mot de son talent au combat.

Les armes du buffle italien :

– une nouvelle monnaie, les miniBots, permettant de baisser les impôts, de mettre en place d’autres mesures fortes pour relancer l’économie italienne.

– transférer le financement de l’économie italienne de l’euro aux miniBots pour que le financement soit abondant.

– le bon sens : relancer la croissance pour améliorer le sort du peuple italien contre une UE qui réclame de baisser les dépenses budgétaires quand l’économie est en récession.

– le risque d’auto destruction de l’UE : si l’UE va trop loin, la faillite des banques italiennes pourraient enfoncer toute l’UE dans une crise bancaire, financière, économique et politique.

– les Etats-Unis seront discrètement dans le camp du gouvernement italien.

 

Les armes du boa européen :

– le temps : le temps joue à priori pour lui car l’économie italienne, provisoirement portée par l’économie mondiale, est en train de s’enfoncer avec l’érosion de la croissance mondiale.

–  étrangler l’économie italienne en distillant la peur sur les marchés financiers pour faire monter le coût de financement de la dette italienne et des dettes en général.

– si c’est insuffisant, se débrouiller comme en Grèce en 2014 pour couper le financement des banques italiennes en euros (contrôlés par la BCE) pour asphyxier l’économie italienne.

– utiliser les élites européistes italiennes dont le président Mattarela pour qu’il bloque juridiquement Salvini et l’empêche d’agir.

– ultimement faire peur aux Italiens pour qu’ils virent Salvini et la coalition au pouvoir.

 

Dans ce combat, le buffle italien doit agir vite alors que le boa européiste a intérêt à prendre

son temps pour étouffer lentement mais surement son adversaire, sans que les imaginations ne soient frappées.

C’est pour cela que le buffle doit mettre en place rapidement la baisse promise des impôts et la monnaie parallèle pour relancer l’économie. Si le boa européiste réplique en asphyxiant l’économie, le buffle devra répliquer rapidement. Il doit donc préparer dès maintenant l’étape d’après pour se libérer de l’étranglement avant qu’il ne soit asphyxié et terrassé.

Le système de financement avec la monnaie parallèle doit être intégralement prêt et efficace: cela signifie qu’il faut préparer un circuit de paiement et de financement alternatif à l’euro avec des comptes bancaires, des prêts en miniBot et une banque d’Italie, une banque centrale des miniBots.

Les banques doivent pouvoir ouvrir un deuxième compte bancaire en monnaie parallèle à tous les acteurs de l’économie rapidement. (On ne peut pas imaginer créer assez rapidement des institutions ad hoc pour l’action. On ne peut non plus imaginer que l’économie italienne ne fonctionne que sur une monnaie parallèle en billets et pièces.) Grâce au 2ème compte bancaire, des crédits, des paiements pourront être réalisés en monnaie parallèle rapidement, permettant à l’économie de continuer à fonctionner. Les banques pourront elles-mêmes se refinancer en empruntant auprès de « la banque centrale de la monnaie parallèle », le trésor public ou une émanation du Trésor. Cette deuxième Banque Centrale doit être prête à refinancer les banques italiennes.

Ainsi, en cas d’asphyxie financière progressive sur l’euro par l’Union Européenne, l’économie italienne se financera et fonctionnera  de plus en plus avec la monnaie parallèle. La monnaie potentiellement la plus forte, l’euro, sera naturellement utilisée comme réserves de valeur, épargnée par les ménages.

Conclusion de la bataille

Il ne restera plus qu’à constater auprès de l’opinion publique l’acte de guerre de l’UE contre l’économie italienne et d’acter que l’Italie a recréé une monnaie et est sortie de l’euro avec probablement les applaudissements du peuple italien. La monnaie parallèle prendra le nom de lire. Les euros conservés par les Italiens seront transformés en lire au taux de une lire pour un euro. La lire flottera contre l’euro. On remarque qu’il ne faut pas établir de cours de change monnaie parallèle/euro avant cette date, sinon la situation finale devient compliquée, chacun demandant à bénéficier d’un cours de change favorable pour le change de ses euros au moment de la sortie. Chaque bien doit pouvoir se vendre au même prix en euro ou en monnaie parallèle. Ceux qui le voudront établiront un marché noir ou s’échangeront des euros contre la monnaie parallèle mais le gouvernement ne doit pas l’officialiser en créant un tel marché.

Il y aura évidemment beaucoup de péripéties et d’embûches politiques, de tactique et de manœuvres à engager. Mais une stratégie réussie ne peut à mon avis pas échapper à ce schéma général et doit être conduite rapidement. Cette stratégie est bien adaptée à l’Italie, le pays de la « Combinazione », il n’est probablement pas adapté à la France. Elle nécessite cependant une volonté et une extrême organisation du pouvoir italien pour y arriver. Espérons que Salvini a réellement ce projet en tête sinon il sera soit expulsé du gouvernement comme l’a été Berlusconi par l’Union Européenne en 2011, soit deviendra un nouveau Tsipras, chargé de faire avaler une potion amère aux Italiens.

Etre un héros, périr ou devenir un traître, il n’y a pas d’autres alternatives en ces temps de guerre économique contre le peuple italien.

[1] « Tant qu’on n’a pas récupéré la souveraineté, on ne peut pas redresser un pays »

http://leblogdephilippemurer.com/index.php/2018/09/28/budget-italien-tant-quon-na-pas-recupere-la-souverainete-on-ne-peut-pas-redresser-un-pays/

[2]  Jacques Sapir : “L’objectif du gouvernement italien est de créer une monnaie parallèle à l’euro”  https://www.marianne.net/economie/jacques-sapir-l-objectif-du-gouvernement-italien-est-de-creer-une-monnaie-parallele-l-euro

 

Récession en Italie, quel avenir pour le pays ?

L’Italie entre-t-elle dans une récession profonde avec son effet boule de neige : dette publique explosive / faillite bancaire italienne / faillite bancaire européenne / crise terminale de l’euro ?

L’Italie est en croissance quasi nulle depuis le 31 décembre 2001, moment où elle a adopté l’euro.

La « croissance » depuis 2008 se décompose en 3 phases :

. Rebond en 2010 et début 2011, après la violente récession de 2008-2009, grâce à un restockage, la hausse des dépenses publiques et de la consommation des ménages.

. Avec la crise aigüe de l’euro entre 2011 et 2013, plongée dans une nouvelle récession (baisse des dépenses publiques, hausse des impôts, forte hausse des  taux entraînant un  effondrement de l’investissement et de la consommation.

. Retour d’une croissance légère entre 2014 et 2018 avec comme facteur positif le restockage, des taux en baisse,  puis une reprise de la consommation et des investissements (qui contribuent chacun à la moitié de la croissance du PIB à partir de 2016)

 

Graphique du PIB et des contributions au PIB des différents facteurs.

 

Que se passe-t-il aujourd’hui?

Les choses sont en train de changer : forte hausse des taux, fin d’une croissance mondiale synchronisée, un taux d’épargne désormais très bas, des risques comme le Brexit sans accord, les tensions commerciales Chine – USA. L’Italie va-t-elle retomber dans une profonde récession ?

Après 2 ans et demi de croissance faible (moyenne de 1.3%), l’Italie a subi une récession lors des 6 derniers mois de 2018. Il est difficile de croire que la reprise de l’investissement qui a représenté la moitié de la croissance puisse durer.

Les autres pays européens ont tous une courbe de croissance équivalente, mais l’Italie est le pays le plus fragile. La politique « austéritaire » européenne fait que l’économie européenne ne peut être tirée que par l’extérieur ou des facteurs conjoncturels.

L’effet sur l’économie de la hausse de 1 – 1.5% des taux est assez lourd. C’est un facteur spécifique à l’économie Italienne. Sans Quantitative Easing supplémentaire de la BCE, les taux italiens vont rester élevés à cause d’un ratio dette/PIB de 133% (le ratio n’a au mieux que stagner les 3 dernières années). Les taux  seront aussi élevés pour les entreprises italiennes avec les difficultés des banques, presque insolvables dans les faits.

Le rendement des obligations italiennes est à 2.93% aujourd’hui contre 1% il y a 2 ans.

Enfin, les banques italiennes sont aujourd’hui des banques « zombie » puisque leurs fonds propres sont négatifs (Beaucoup de prêts sont des créances douteuses, non remboursées, du fait de la longue nuit de l’économie italienne entraînant ménages et entreprises vers la faillite). Toutes les banques à droite de l’abscisse 1 avaient des fonds propres négatifs il y a un an. Elles sont techniquement en faillite mais laissée en vie artificiellement d’où le terme banques zombie. Les autres ont des fonds propres quasi nuls.

Les banques (zombie) ont des spreads de crédit entre 1,5% et 2,5% (elles empruntent 1,5 à 2,5% au-dessus de l’Etat italien) ce qui les empêche de distribuer facilement du crédit à leurs clients. Il y a un risque que la crise des banques entraîne la crise de la dette publique et vice-versa. En cas de nouvelle récession, les banques risquent la faillite, ce qui entraînerait une boucle de rétroaction négative avec l’économie.

Ici, l’évolution du spread de crédit 1.6% de la plus grande et solide banque italienne Unicredit.

Les indicateurs avancés disent que l’industrie italienne est en ce moment en récession, les services étant en croissance 0.

La production industrielle ne monte plus depuis plus d’un an (et a fort peu rebondi).

Le problème de l’économie italienne reste l’arrêt de la hausse de la productivité depuis l’introduction de l’euro (du fait de la panne d’investissement et d’un effet blocage que l’euro a provoqué dans l’économie). Ce problème ne sera pas résolu sans sortie de l’euro.

Le commerce extérieur était un léger frein à l’économie italienne en 2018.

Conclusion : comme en plus, la croissance mondiale ralentit durablement, ni les services ni l’industrie ne vont sauver le pays grâce à la demande extérieure.

 

Le consommateur va-t-il sauver l’économie italienne ?

Les ventes de détail hors automobiles sont stagnantes en Italie.

Les ventes de voitures baissent de 3% sur l’année 2018 en Italie.

La dépense de consommation des ménages, réalisée dans les services, ne va-t-elle pas s’arrêter? La contribution de la consommation des  ménages à la croissance est quasi 0.

Le taux d’épargne des ménages est aujourd’hui très faible, de l’ordre de 7.5% du PIB.

Pour l’instant, la confiance des consommateurs restent près des plus hauts.

Mais le taux de chômage va remonter avec la récession et entamera la confiance, même si Salvini redonne de la confiance à la population italienne. Le nombre de personne en emplois reculera et avec ce recul, la confiance et la masse salariale qui déterminent la croissance de la consommation.

L’Italie a créé 1 million d’emplois en 4 ans, dont 1/3 à temps partiel mais le mouvement devrait s’arrêter.

L’immobilier tient mais avec des rendements proches de 3.5 % dans les grandes villes, il baissera si les taux à 10 ans augmentent un tant soit peu. Cela aurait un impact sur le sentiment du consommateur et la construction.

Ci-dessous le prix de l’immobilier.                   Ci-dessous le PIB issu de la construction.

Enfin, la relance du gouvernement Salvini – Di Maio est faible : 10 Milliards soit 0.6% du PIB. Si l’on estime le coefficient multiplicateur budgétaire à 1.4 en Italie, la hausse des dépenses publiques devrait générer au mieux 1.4*0.6 soit 0,8% de PIB en plus pour 2019.

Dernier facteur de risque : la dette italienne. S’il y a récession, le budget sera en net déséquilibre et la dette peut augmenter très rapidement entraînant une crise financière qui plongerait l’Italie dans une forte récession économique.

 

Conclusion :

 

. L’Italie a été en récession sur les 6 derniers mois et le sera encore ce trimestre. Quelques mois de plus et des effets vicieux (hausse du chômage, baisse des ventes de détail, baisse de l’investissement) vont apparaître entraînant eux-mêmes une baisse de la croissance.

. Les taux élevés, les difficultés des banques italiennes, une croissance mondiale affaiblie sont des facteurs négatifs pour à la croissance en Italie.

. Pire, les facteurs de risque qui pourraient faire basculer l’Italie en récession forte puis dans un cercle vicieux Crise économique à Crise financière et de la dette à Crise économique sont nombreux : Brexit sans accord, tensions commerciales américaines, marchés financiers en surtension.

. L’UE n’a pas d’intérêt à soutenir un gouvernement populiste qu’elle honnit par une politique monétaire adaptée comme des rachats de dette publique.

. Un facteur positif qui a fait reprendre 15% aux marchés financiers après leur chute de 20% de Novembre – Décembre : la FED a soutenu sans ambigüité le marché américain avec quelques phrases sur la fin de la hausse des taux et un possible Quantitative Easing léger (juste le réinvestissement des sommes remboursées par l’Etat au titre des anciens emprunts). Le soutien au marché financier de la FED est dans les faits presqu’inconditionnel.

X Si l’Italie bascule en récession marquée, la dette publique deviendra incontrôlable, la crise bancaire italienne et européenne aussi. En effet, les banques européennes détiennent des montants considérables de dette publique italienne qui les ferait basculer vers la faillite. Ce pourrait être la fin de la zone euro …

X La faillite pour l’Italie proviendrait alors de son appartenance à l’euro, le contraire de ce que serine à tout vent la caste.

 

X A moins que l’Italie ne sorte de l’euro : de nombreux économistes partisans de la sortie de l’euro sont dans l’Etat-major de la Ligue : on pense à Bagnaï, Borghi ou Savona.

Auront-ils les coudées franches pour le faire ? Rien n’est moins sûr au vu de la Constitution italienne dont votre serviteur n’est pas un expert ( !).

X A moins que l’Union Européenne déroge à ses principes et soutiennent encore et encore les marchés financiers et de dette publique afin de protéger l’euro et l’Italie.

 

Transition énergétique : Ce que font les gouvernements français, ce qu’ils devraient faire.

Pourquoi les gilets jaunes ont raison de s’y opposer.

Ce que font les gouvernements français depuis 10 ans :

. Une transition énergétique lente, à petite dose qui ne satisfait personne.

. Une transition sans aucune production française (ou presque) car sans aucune protection douanière.

. Une transition sans aucune planification par l’Etat avec des entreprises privées livrées à elles-mêmes donc sans coordination, sans prévisibilité sur les commandes, sans investissements conséquents, sans effet d’échelle ou R&D suffisante et ciblée.

. Sans financement public par la Banque de France donc avec des financements privés et chers.

. Une hausse des taxes pour « envoyer un signal prix au marché » qui découragera les plus pauvres de prendre leur voiture voire de posséder une voiture et de se déplacer.

. Développer par suivisme la voiture électrique nettement moins écologique et adaptée que la voiture à pile à combustible hydrogène.

. Une fermeture des centrales nucléaires à venir alors que les voitures électriques et hydrogène nécessitent nettement plus de production d’électricité. Il faut conserver les centrales nucléaires et produire massivement des énergies renouvelables avec des équipements fabriquées en France.

 

Rien d’anormal dans ces conditions que cette transition énergétique privatisée, sans plan, sans financement, sans moyen, chère pour l’Etat et le peuple, ne produise pas de richesses en France, fasse souffrir les classes populaires et moyennes.

 

Ce que le gouvernement devrait faire :

 

. Une transition énergétique avec une réelle planification, un plan adopté en concertation avec les entreprises privées pour une direction claire, pour que les entreprises puissent investir massivement, pour des effets d’échelle et des prix bas.

. Des moyens avec la création de monnaie chaque année (30 Milliards d’euros) pour les commandes aux entreprises privées en énergies renouvelables, infrastructures pour l’hydrogène.

. Un financement à 0% à 15/20 ans de l’isolation des bâtiments (appartement, maison, local commercial ou industriel, bâtiment public) pour que les économies d’énergie paient le remboursement de l’emprunt et que l’isolation soit indolore financièrement. Un emprunt pour l’isolation ne doit pas coûter le même prix qu’un emprunt pour la spéculation boursière.

. Une fabrication majoritairement en France des équipements de la transition par une commande publique réservée et le protectionnisme intelligent.

. Le développement prioritaire de la voiture à pile à combustible (hydrogène) véritablement écologique. Elle est adaptée aux campagnes par son autonomie et aux énergies renouvelables intermittentes grâce au stockage de l’énergie.

En revanche, l’obligation dans 5 ans aux citadins des grandes villes lorsqu’ils achètent une voiture neuve d’acheter une voiture propre à électricité ou hydrogène pour faire rapidement baisser les prix de ces véhicules.

Elargissement au reste de la France de la voiture propre neuve par la suite. La fin des voitures à essence/diesel se fera par extinction naturelle du parc.

. Pour accompagner le besoin en électricité et en hydrogène fabriquée avec cette électricité, développement massif des énergies renouvelables et maintien du nucléaire.

. Aucune hausse de taxe pour la transition énergétique car il n’y en aucun besoin. L’hydrogène produit grâce aux électricités renouvelables et nucléaire sera détaxé pour être concurrentiel avec l’essence.

 

Un tel type de stratégie permettra d’avancer beaucoup plus vite, sera beaucoup plus juste et permettra une création importante de richesses et d’emplois dans notre pays. A ces conditions, la transition énergétique emportera l’adhésion de la population.

 

Brexit et Italie : l’Union Européenne prend le risque qu’une catastrophe s’abatte sur les peuples.

Theresa May a dévoilé l’accord trouvé avec l’Union Européenne à l’issu des « négociations ». Il faut signaler ici que Theresa May est une très mauvaise négociatrice : dès que la situation s’est tendue, elle a tout lâché. C’est d’ailleurs une drôle de négociatrice qui a été choisie par le parti conservateur puisqu’elle était partisane de rester dans l’Union Européenne lors du référendum de 2016 ! Passons.

L’Union Européenne n’a rien lâché et humilie nos amis anglais : l’accord est très mauvais. C’est un Brexit qui n’en est pas un et qui mécontente tout le monde. Le Royaume-Uni resterait piégé dans l’Union Européenne en n’ayant plus aucun droit.

Pendant cette transition qui durera jusqu’en Décembre 2020 et qui peut être prolongée, la situation du Royaume-Uni restera inchangée en ce qui concerne l’accès au marché unique, l’union douanière, et les politiques européennes «avec leurs droits et leurs obligations». Le terme Union douanière signifie que tous les accords de libre-échange signée par l’UE avec les pays tiers s’appliquent à l’identique au Royaume-Uni. En revanche, le Royaume-Uni ne prendra plus part aux décisions de l’UE tout en étant contraint de les appliquer et ne pourra pas s’opposer à une norme européenne (sur l’automobile par exemple) qui entrerait en vigueur pendant la transition.

Pire, du fait de l’imbroglio causé par l’intransigeance de l’Union Européenne sur la frontière irlandaise et les procédures douanières choisies, le Royaume-Uni est assuré de rester coincer dans l’Union douanière ad vitam aeternam si le machin européen le décide. Or, l’union douanière met la Grande Bretagne sous l’emprise des normes juridiques contraignantes européennes. Le pays n’aura donc pas véritablement retrouvé sa liberté.

Maigre consolation pour les Britanniques, les agriculteurs britanniques ne percevront plus d’aides de l’UE (3 milliards d’euros en 2014, selon le dernier bilan officiel des montants réglés) mais le gouvernement britannique la soutiendra par ses propres aides. La City britannique bénéficiera des règles d’équivalence et aura accès aux principaux marchés financiers européens. Londres gèrera à priori seule sa politique d’immigration en n’étant plus contrainte par des textes européens qui empêchent tout contrôle de l’immigration (regroupement familial obligatoire, difficulté de contrôler ses frontières, texte empêchant l’expulsion des clandestins etc.).

L’Union Européenne aurait pu négocier un accord de libre-échange sur les biens avec des normes identiques pour le Royaume-Uni, le plan Chequers proposé par Theresa May, et laisser le Royaume-Uni collecter les taxes douanières pour les rares cas ou des marchandises arrivent de pays tiers au Royaume-Uni avant de passer en République d’Irlande. Mais, elle ne l’a pas voulu : elle a préféré humilier nos amis britanniques et a refusé qu’ils reprennent totalement leur liberté.

Cela ne présage rien de bon pour l’avenir même si personne ne sait ce qui se passera demain : Theresa May sera-t-elle démise de ses fonctions de premier ministre quelques mois avant le départ du Royaume-Uni ? L’accord sera-t-il refusé par le Parlement dans les prochains mois ? Auquel cas, on risquerait d’avoir une sortie sans accord, la pire pour les Européens et les Britanniques : les 500 Milliards de livres d’échanges commerciaux entre l’Europe et le Royaume-Uni se feraient sans texte, juste avec les règles de l’OMC. On ne dénoue par des liens qu’on a voulus si étroits sans remettre en place des coopérations et avec brutalité.

Un Brexit sans accord ne serait pas une horrible catastrophe mais mettrait quand même en risque les 25 milliards d’exportations industrielles françaises, les 5 milliards d’exportations agricoles, la compétitivité mondiale des entreprises établies des deux côtés de la Manche comme Airbus. Et si nous humilions les Anglais comme nous sanctionnons les Russes, nous risquons de perdre ces marchés pour longtemps avec chômeurs anglais mais aussi français et européens à la clé.

Même nos coopérations sur la sécurité, le terrorisme, la défense pourraient être affectées par cette politique humiliante, hors sol et oublieuse de la réalité de nos liens. Mais, l’Union Européenne n’en a cure : elle est composée de fonctionnaires européens aux salaires élevés et garantis qui sont chargés des négociations !

 

Avec l’Italie, le machin européen joue un jeu sensiblement identique. Le peuple italien a voté pour le mouvement M5S et la Ligue afin de maîtriser un peu plus son immigration et relancer une croissance anémique depuis 20 ans. On rappellera que la croissance en Italie est quasi nulle depuis l’adoption de l’euro : environ 0.2% par an. Cela a détruit l’investissement des entreprises, l’investissement de l’Etat par ricochet à cause des politiques d’austérité, la qualité des infrastructures italiennes (l’affaire du Pont Morandi et de ses 43 morts en est une morbide illustration). Cette croissance 0 a fait fortement augmenté le taux de chômage des italiens et notamment le chômage des jeunes. Avec 35% de jeunes ne trouvant pas d’emplois et un certain nombre trouvant des emplois très mal payés, ceux-ci restent de plus en plus chez leurs parents jusqu’à 30 voire 35 ans. Impossible de fonder une famille et de vivre libre dans ces conditions. Enfin, la grande pauvreté augmente aussi en Italie (10% des Italiens la subissent aujourd’hui).

Fort de cette situation économique désastreuse et de la demande du peuple italien, le gouvernement a établi un projet de relance économique de 20 Milliards d’euros environ comprenant un meilleur entretien des infrastructures, une baisse des impôts, un système de retraites laissant partir des personnes âgées à la retraite un peu plus tôt et un revenu minimum pour les personnes sans emploi mais cherchant activement un emploi. Le risque n’est pas très grand mais ce plan donnera un répit aux entreprises italiennes et créera des emplois. Le déficit budgétaire est prévu à 2.4% pour 2019 (cependant, moins que la France et ses 2.8%).

Mais, comme chacun a pu l’observer, l’Union Européenne ne veut pas que le peuple italien choisisse librement son budget quels que soient les besoins et déroge aux règles européennes. Aussi, le conflit est-il de plus en plus grand. L’Europe gérant la relation avec les banques italiennes via la BCE et l’alimentation des marchés financiers, les taux se tendent fortement en Italie dans la crainte d’une opération « à la grecque ». L’Etat italien emprunte à 10 ans à 3.5% quand il emprunt à 1.8% il y a mois. La plus grande banque italienne est considérée comme un emprunteur risqué avec un coût d’assurance sur les emprunts 2% au-dessus des taux de l’Etat italien. La croissance italienne est cassée. L’économie est à l’équilibre au troisième trimestre et la récession guette.

La crise italienne risque fort de se transformer en crise bancaire italienne puis européenne qui se transformera en crise financière et économique généralisée. Les citoyens paieront encore pour la rigidité mortifère de l’Union Européenne par des millions de chômeurs et une forte casse économique et sociale. Si cette crise italienne se conjugue avec une crise britannique, c’est bien tout le machin européen qui risque de nous tomber sur la tête avec des coûts démultipliés pour tous. Le risque est bien aujourd’hui de rester dans le bateau ivre européen et non d’en sortir, et vite ! La conjonction de la sortie de trois grands pays Grande-Bretagne, Italie et France rendrait cette sortie encore plus simple avec un rapport de forces complètement inversé.