Que cache le retour de la Grèce sur les marchés financiers : retour en grâce de l’économie grecque ou spéculation boursière?

 

Les journaux annoncent en fanfare que la Grèce a fait son retour sur les marchés financiers pour la première fois depuis 8 ans et a emprunté quelques milliards d’euros à 3.5% sur 7 ans. Ceci n’est pas tout à fait vrai puisqu’il y avait déjà eu des retours timides en juillet et novembre 2017 mais passons sur cette annonce volontairement tapageuse. Quelques calculs financiers indiquent que les marchés financiers parient que le pays n’a qu’environ 30% de faire faillite dans les 7 ans à venir.

Certes, la situation économique s’est stabilisée en Grèce comme le montre un PIB près de 20% plus bas depuis la crise mais qui reste stable depuis 4 ans et ne décolle pas. Les ventes de détail ne se relèvent toujours pas et ont été presque divisées par 2 en 10 ans, montrant la violence de l’austérité économique imposée au peuple grec par une Union Européenne sans pitié et sans idée.

La Grèce est toujours dans l’incapacité de rembourser sa dette (180% du PIB) au vu de la destruction de son économie par la troïka européenne mais les marchés financiers sont dans une période de forte euphorie et veulent prendre tous les risques. Les taux étant à 0% depuis tant d’années, ont-ils vraiment le choix? Il faut bien aux investisseurs des rendements pour être rémunérés ! D’autant plus que la Banque Centrale Européenne a injecté des milliers de milliards d’euros depuis des années en achetant des dettes des Etats mais aussi des dettes des multinationales européennes! Cette attitude parfaitement immorale visant à regonfler la Bourse (et elle a réussi en cela) plutôt que de regonfler l’économie réelle a fini par lui échapper. La Banque Centrale Européenne a soutenu à bloc la spéculation, dangereuse et ne profitant qu’aux gras patrimoines, alors que rien ou si peu n’a été fait pour favoriser la finance pour l’économie réelle, les prêts aux PME et aux projets de demain qui eux créeraient massivement de l’emploi. On aurait pu en effet faire de grands projets pour la transition énergétique avec des prêts à taux bas en provenance de la BCE pour des produits fabriqués localement, une isolation pour tous les bâtiments à taux 0 et à long terme pour que chacun puisse améliorer son logement et économiser l’énergie tout en remboursant ce prêt par les économies réalisées, on aurait aussi pu imaginer canaliser la finance vers l’économie réelle, vers les PME et les investissements plutôt que vers la spéculation grâce à une mesure règlementaire simple pénalisant ou favorisant les banques selon le type de prêts réalisés. Il n’en a rien été, l’économie réelle et l’emploi ont été sacrifiés et seuls les grands investisseurs ont été favorisés. Pour une finance régulée, au service de l’intérêt général et du bien commun, il faudra attendre le Frexit et l’arrivée de patriotes au pouvoir.

En conclusion, à moins d’un miracle, il ne faut pas voir dans le retour de la Grèce sur les marchés financiers un signe de réussite du remède toxique et violent appliqué par l’Union Européenne à la Grèce, malheureusement pour le peuple grec, mais un répit et un signe qu’une spéculation financière totalement débridée relance un tout petit peu la croissance tout en faisant  courir de graves risques à l’économie européenne et aux salariés dans un proche avenir. L’Union Européenne n’a rien appris de la violente crise de 2008 et prépare en compagnie de sa consœur américaine de nouvelles crises financières qui seront payées rubis sur l’ongle par … vos impôts. A ce titre, n’oublions pas que c’est votre argent qui s’est substitué aux prêts des banques et autres investisseurs financiers à la Grèce, permettant aux banques de se sortir du guêpier dans lequel elles s’étaient fourrées, à vos risques et périls. La France a fait plus de 40 Milliards d’euros de prêts bilatéraux à la Grèce et ne parlons pas des prêts de l’Union Européenne à ce pays en quasi faillite, tout ceci afin que les banquiers puissent être remboursés rubis sur l’ongle … de leurs erreurs.

Morale de l’histoire : si cela a marché une fois, pourquoi les banques ne tenteraient elles pas le coup de prêter à la Grèce une seconde fois avec l’assurance que vous leur remboursiez l’argent si les finances grecques étaient en mauvaise posture ?

 

Chômage : démontons le mythe des emplois vacants qui sert au pouvoir à minimiser son échec sur le chômage et à reporter la faute sur les chômeurs

Source l’Acoss, eurostat, un article d’un spécialiste du travail à Science Po sur le monde diplomatique[1]

 

A écouter de nombreux discours sur les emplois vacants ou non pourvus, la France serait assise sur de grands gisements de travail salarié. De tels propos alimentent une proposition politique : renforcer le contrôle des chômeurs pour que l’aiguillon de la contrainte les tire de l’apathie.

Récemment, Jean Bassères, directeur général de Pôle Emploi, annonce que le seuil de 200.000 offres non pourvues est franchi.

On rappelle qu’en France, il y a plus de 6 Millions de personnes inscrites à Pole Emploi dont la moitié n’est pas indemnisés[2] et a tout intérêt à trouver du travail !

Et pourtant :

  • 99% des propositions d’embauches trouvent preneur

En 2016, les employeurs ont déposé auprès des Urssaf 24 millions de déclarations préalables à l’embauche (3 millions de CDI et 21 millions de CDD, hors intérim)[3]. Les 200.000 offres non pourvues ne représentent que 1% des déclarations d’embauches ! Elles sont résiduelles.

  • La France est un des pays européens au taux d’emplois vacants le plus faible

La France comprend un nombre d’emplois vacants bien inférieur à la moyenne européenne ; seules 4 pays affichent un taux moindre selon Eurostat[4]

  • De nombreuses annonces échouent car elles ne proposent que une ou deux heures par semaine :

 

Voici ce que dit Hadrien Clouet Doctorant au Centre de sociologie des organisations (Centre national de la recherche scientifique – Sciences Po) dans un article du monde diplomatique.

« . Salaire ridicule par rapport aux compétences exigées, recruteur inexpérimenté, inexistence du poste annoncé, l’offre servant à la constitution par l’employeur d’une base illégale de CV, etc. La problématique des emplois non pourvus gomme l’enjeu de la qualité du travail, en postulant la commensurabilité de toute offre.

. Regardons plus précisément les offres qui circulent à Pôle emploi. Nombreuses sont les propositions du type « nettoyage industriel, 1 heure par semaine, 9,75 euros l’heure » ou « aide ménager(e), 2 heures par semaine, 11 euros l’heure ».

Les chômeurs à la recherche d’un emploi à plein temps ne s’intéressent logiquement pas aux contrats courts… mais ils font monter le nombre d’emplois non pourvus. On leur reproche de ne pas vouloir travailler, alors qu’ils veulent au contraire travailler davantage ! Beaucoup sont aussi piégés par des trappes à pauvreté. Entre 2007 et 2011, environ cinq cent mille personnes ont dû renoncer à un poste en raison de problèmes de logement et du surcoût de la mobilité exigée[5]. »

 

Certains veulent nous faire croire que la France aurait beaucoup d’emplois non pourvus.

En réalité, cette fable est ânonnée pour cacher l’échec sur le chômage des gouvernements successifs en faisant croire que les chômeurs sont des fainéants.

[1] https://www.monde-diplomatique.fr/2015/02/CLOUET/52623

[2] http://premium.lefigaro.fr/emploi/2016/07/26/09005-20160726ARTFIG00176-pourquoi-la-moitie-des-chomeurs-ne-sont-pas-indemnises-en-france.php

[3] http://www.acoss.fr/home/observatoire-economique/publications/barometre-economique/barometre-economique-n77.html puis aller dans les statistiques mises à disposition sur excel

[4] http://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php/File:JVS2017Q3Table1.PNG

[5] Régis Bigot et Sandra Hoiban, « La mobilité professionnelle bridée par les problèmes de logement » (PDF), Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc), Paris, juillet 2011.

[6] http://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php/File:JVS2017Q3Table1.PNG