Agriculture biologique, pesticides : en finir avec l’échec de la politique des petits pas

Rappelons ce qui s’est passé dans les champs de betterave du nord de la France.

Les champs de betteraves ont été attaqués par des pucerons et ont dépéris à cause de la maladie de la jaunisse. La réponse politique a été : c’est de la faute à l’interdiction des néonicotinoïdes qui certes, détruisent les abeilles, mais suppriment les pucerons. Rétablissons les néonicotinoïdes et acceptons de détruire les colonies d’abeilles pour sauver notre agriculture, tel est le message. N’y a-t-il pas d’autres choix ?

Cette réponse politique ne s’intéresse qu’aux symptômes et non aux causes. Les pucerons peuvent se développer de façon exponentielle et dangereuse pour les cultures car il n’y a pas assez de diversité des champs. Des territoires entiers regorgent de champs de betteraves de plus en plus grands et n’ont pas assez d’espaces naturels comme les haies ou les prairies où se développent les prédateurs des pucerons. En l’absence de prédateurs, les pucerons peuvent se développer de façon très rapide et imposent la réintroduction des néonicotinoïdes.

Pourquoi les champs d’une culture particulière sont-ils de plus en plus grands et rassemblés dans le même territoire ? Parce que la concurrence internationale folle en agriculture impose aux paysans de produire toujours moins cher. Ainsi, les agriculteurs sont obligés pour survivre de racheter le voisin, d’agrandir leurs champs et de faire des monocultures.

La cause des causes est donc la concurrence internationale trop forte et l’absence de volonté politique réelle de changer les choses en profondeur. En effet, nos politiques pensent que la concurrence internationale excessive ne pose pas de problèmes et qu’ils vont pouvoir développer l’agriculture biologique avec une politique de petits pas presqu’entièrement construite sur la volonté citoyenne de consommer biologique. Sachant que le pouvoir d’achat des classes populaires et moyennes est trop faible pour consacrer beaucoup plus d’argent à leurs achats alimentaires (gilets jaunes), sachant que l’agriculture biologique est plus intensive en main d’œuvre que l’agriculture conventionnelle et qu’elle sera encore plus rapidement touchée-coulée que l’agriculture conventionnelle par la concurrence internationale, nous touchons aux limites de la politique de petits pas pour notre politique agricole.

Les citoyens français veulent que l’agriculture française, les paysans survivent et préservent l’environnement et leur santé. Préserver la nature, la santé, ce n’est pas avoir à la marge 10% d’agriculture biologique, c’est viser 100%. En 30 ans, 1/3 des oiseaux ont disparu, 80% des insectes, des vers de terre comme le montre une étude du CNRS en France et différentes études en Europe. Et les expérimentations montrent que les aménagements à la marge ne suffisent pas. Comme l’explique Vincent Bretagnolles du CNRS : « Trois pays, les Pays-Bas, la Suède et le Royaume-Uni, ont mis en œuvre des politiques nationales volontaristes pour inverser cette tendance lourde, en aménageant à la marge le modèle agricole dominant, explique Vincent Bretagnolle. Aucun de ces trois pays n’est parvenu à inverser la tendance : pour obtenir un effet tangible, il faut changer les pratiques sur des surfaces considérables. Sinon, les effets sont imperceptibles[1].

Voici une politique agricole qui permet de réunir ces trois qualités : préserver nos agriculteurs, la nature et notre santé.

Première phase : le bio sera étendu à 25% du marché en 7 ans en augmentant légèrement le rythme de croissance à 20% par an. Une aide mais aussi une obligation pour passer au 100% bio dans les cantines à prix inchangé est adoptée (700 millions d’euros par an), les subventions aux agriculteurs bio sont payées rubis sur l’ongle par l’Etat et non 2 ans plus tard, un double affichage des prix dans les commerces est imposé afin de faire baisser le prix des fruits et légumes bio (prix payé en vrac à l’agriculture et prix de vente). Un fort appui au développement des techniques bio de l’INRA et un effort dans l’enseignement agricole est entrepris.

Deuxième phase : les français votent par référendum pour généraliser l’agriculture biologique en 5 ans. La seule solution pour sauver nos agriculteurs français et passer au 100% bio est la suivante.  L’Etat subventionne les produits biologiques au départ du champ pour égaliser le prix de revient du bio et de l’agriculture chimique. Cela coute 30% du prix de revient des produits agricoles soit 24 milliards par an. C’est 1% de notre PIB pour sauver nos paysans, la nature et notre santé.

Cela permettra aussi aux français populaires d’acheter bio sans voir leur niveau de vie se dégrader. Cette mesure sera étendu à la viande avec au minimum du label rouge ce qui permet de pratiquer enfin un élevage digne dans le respect de l’animal.

Pourquoi personne ne propose de telles solutions : si nous restons dans l’Union Européenne, cela impose à nos agriculteurs une PAC définie par l’UE et le libre échange qui ruine nos agriculteurs ainsi que l’impossibilité de telles subventions spécifiquement françaises pour passer au tout bio. Une telle politique est impossible dans l’Union Européenne qui est le cadre obligé de presque tous les politiques français.

Voilà pourquoi nous continuons à tuer notre agriculture à petit feu et nous ne pourrons pas transformer massivement notre agriculture en 100% bio tant que le Frexit ne sera pas à l’ordre du jour.

Philippe Murer est l’auteur de « Comment réaliser la transition écologique, un défi passionnant ».

 

 

[1] Le Monde « Les oiseaux disparaissent des campagnes françaises à une vitesse vertigineuse »

https://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2018/03/20/les-oiseaux-disparaissent-des-campagnes-francaises-a-une-vitesse-vertigineuse_5273420_1652692.html

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